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§ PRICE c. ROYAUME-UNI

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Type d'affaire : Décision (Partielle)
Type de recours : Partiellement irrecevable

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 12402/86
Identifiant URN:LEX : urn:lex;coe;cour.europeenne.droits.homme;arret;1988-03-09;12402.86 ?

Analyses :

(Art. 11-2) PROTECTION DES DROITS ET LIBERTES D'AUTRUI, (Art. 14) DISCRIMINATION, (Art. 3) PEINE INHUMAINE, (Art. 35-1) EPUISEMENT DES VOIES DE RECOURS INTERNES, (Art. 6-1) PROCES EQUITABLE, (Art. 6-3-d) INTERROGATION DES TEMOINS, (Art. 8-1) RESPECT DE LA VIE FAMILIALE, (Art. 8-2) NECESSAIRE DANS UNE SOCIETE DEMOCRATIQUE, (Art. 8-2) PREVUE PAR LA LOI, (Art. 8-2) PROTECTION DE LA MORALE, (Art. 8-2) PROTECTION DE LA SANTE


Parties :

Demandeurs : PRICE
Défendeurs : ROYAUME-UNI

Texte :

In th e p rese nt c a se , h o we ver , the Commiss ion recalis th a t the appl icant s are th e g r a ndpare n ts, and not the p arents of the c hild in ca re, and the Co mm issi on finds that lh e differen ce in nature of thi s re lati o ns hip will normally n ot requi re a l ocal auth or i ty to co ns ult or involve th e m in the de c i sio n- making process to suc h a d egree as i n the case of natural parent s . Th e Commi ss io n rec all s t h a t th e l ocal author ity d ecide d Io term inate th e appl icanl s' access to D . on 7 February 1986 and that thi s deci sion w as confirmed at meeti ngs on 1 9 Feb r ua ry 1986 a nd 4 March 1986 i n wh i ch it w as al so fo und that the a pp l icants w ere no t s uitable to car e fo r D . ful l- t ime. Th e applicants we re, ho we ver, invited to make repre sentat io ns con ce rning access at thr e e sub se qu e nt meetin gs - on 2 5 M a r c h 1986 , 2 Apri l and 6 M ay 1986 - a nd w ere then able to prese nt th e ir c a se for a ccess to and/o r custody of D . On examination of the fac t s o f th e pr esent case, th e C om mission th erefo re fi nd s that the vie ws o f the grandparents were taken into a ccount and th ey were a ble t o mak e rep resentation s to t h e l ocal authority o n severa l occ a si on s in order to ob t ain a rev iew of the s i t uati o n . Th e Commi ss ion find s t ha i th e d e gree of involvement in the p resent case was s uffic ient to prov ide theni with th e requi s it e protect io n of th ei r interes t s as requi red by Anic l e 8 of the C onve ntio n a nd a cco rdin gl y th ere h as been n o fa ilure to res pect t h e i r family life withi n the mea ning o f that pro vi sio n . It follows that th ese complaints mu st be dismissed as m a nifestly i ll- found ed w ith in th e m e aning of Article 27 para . 2 of the Con ve nt i o n .
(TRAD UCTl ON) EN FAIT Les requérants sont to u s de ux de na ti o nal ité b r ita nnique, nés resp ec ti veme nt en 1 9 39 et 1 9 52 . L a première requéra nte es t iufirmière de dis trict et le second, m arch a nd forain d e so n état . Il s so nt re pr ésentés par M m0 M ary R yan , solicitor, du G ro up e de d éfense d es d ro it s de s fa m i ll es, L ondres . Les fa its, tels que les pa rti es l es ont e x posés, peuvent se résum er comme s uit .
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Les re qué r a nts so nt les g ran ds-pare n ts pate mel s adopti fs de l ' enfant D ., n é le 24 jui ll et 1 984 . D . est l e fils de l 'e n fant adopt é par les requé rants et de l eu r belleFi ll e . La prem ièr e req u érant e a ad op té so n fi ls pendant son p remier mariage, et ap rès so n rema ri age avec le seco nd requéra nt, ce lu i-ci a éga l ement ad opté le fils de sa femme . Les requérants o nt vu rég ulière ment D . d e puis sa naissa n ce et étaient inqu iet s de co ns tat er qu'i l n e semblait pas tr ès bi en se po rt ec Il app a raissait n otamme nt qu'il avait des difficu l t és à s'ali menter . Le 4 sept em bre 1984 , D . fut h ospital i sé p ou r bless u res graves, no tammen t fractures du crânc et des j ambes . L a municipalité n'était pas convaincue des expli catio ns données à propos des bless u res et so up ço nna it qu 'elles n'étaient pas accide ntelles . J~ cettc époque, les se rv ices sociau x de la munic ipal ité obti nre nt, grâce à une mes u re le sûreté, u ne place p our D ., con formément à l'article 28 pa r . 1 d e la loi de 1 969 ,ur la p ro tection des enfants e t des jeu nes . D . resta à l'hôpital tro i s semain es, l es deux requ éran ts l ui rendi re nt vis it e quot idi enneme nt e t la g ran d-mère r est a so uvent olus i eur s heures a u près de l 'e n fa n t . Les re qu érants éta i ent tou s d e ux très i n qu iets pou r leur p et i t-fils . L e 21 septembre 1984, les serv i ces socia u x de la m uni cipa lité p lacèren t D . pour u ne cou rte du rée ch ez d es paren ts nourriciers q u i re fusè r e nt au x r e qu érants q ui le d emanda ient la poss ib i lité d e voi r I 'e n fant Le 7 novembre 1984, le tr ibunal pour enfa n ts de Wigan rendit au pro fit des services sociaux d e la municipalité une o rd on na nce de placement de D ., con formément à l 'article 1 (2) (a) de l a lo i pr écitée . Les requé r a nt s n 'eure n t pas juri diqu ement l a qu alité de parties à ce tte procédu re et n e purent pas présenter d'argumentation ni formu le r u ne que l co nq ue de m ande à p ropos de leur pet it-fi l s . Dès le début la mun ici pal ité avait décidé de s'efforce r de réadapter D . à ses p a rent s . Le programme de réadaptation comme nça à l a fin de novembre 1984 lorsque l 'enfant passa quelques j o urs c hez ses p a r ent s . Les re qu éra n ts purent al or s l u i re nd re visite chez l es parents . A u fur et à mesu re qu e se déroul ait le p rogra mme de réadaptation, l es contacts avec l es req uéra nts s'accroissaient également . Le 1° mar s 1985, l'enfant fu t rendu à ses pare nts su r la base du ple i n temp s et l es requérants le voyaient envi ro n deux fois par semai ne . Le 1 2 juin 1985, l'enfan t fut hos p i talisé po ur contu sion s sou s les yeux . Les req uéra n ts lui rendirent quoti die n nement v i site à l'hôpital j u squ 'à sa sortie l e 21 j u i n . L a municipalité es ti ma q ue les bl ess ures n'étaient p as a cc ide ntel les et plaça l 'e n fant, à sa sortie de l'hôpital, ch ez des pare nts nou r riciers . Les r equé r a nt s dema ndère nt à l u i re nd re visite, ce qui fut refu sé da ns un premie r temp s . Par la s uit e, l es services socia ux de la mun icip alité autorisèrent la pr em i ère requ éra nte à venir , avec l a mère de l 'enfa nt, vo i r ce derni er une fois p ar sem a in e, ma is se r efusèrent à p rendre les dispositions q ui a u raient perm i s aux deux req u érants de rendre ensemble vis it e à l eur petit-fils .
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E n août 19 8 5, les req uéra n ts pri r ent co n se i l de l eur représenta nt actuel . Ce d e rn ier écr iv it l e 9 août 1 985 a u x se rvices socia ux d e la municipal ité, notamment dans l es ter mes suivants « Mal heureu sement , l'inquiétude [des re qué ra nt s ] due à l'affection naturelle qu'ils portent à]w r petit- fils a été int erpr étée p a r vos services comme un e ingérence dans l'affaire . Ils o nt à présent bea uco up de d i ffic ul tés à com muniq u er avcc vos services e t à ob ten ir qu e des di s positi on s soient prises po ur voir [l 'enfant] pend ant qu'il hab it e c hez l es pare nts nourriciers . [L es re qu éran ts ] ont d ès lo rs requ is mo n concou rs pour ouvrir l e dialog u e avec vos services . » L a lettre de mandait que les requéra nt s puissent dava ntage vo ir l'enfant, s i poss ibl e à leu r d o m icil e pendant les w eek-ends e t renvoyait au p a ragraph e 8 du co de d'instructions s ur le droit de v i site, établi p ar le mini stère de l a S ant é et de l a Séc uri té sociale . Ce cod e soul ig ne l 'imp o rtan ce de tenir com pte de la fami ll e éla r g i e au mome nt où sont p ri ses les dispositions co ncern ant les vis it es à un e nfant pl acé à l'assistance publique . L a lett re ajou tait que s i l a municipalité décidait de ne p as pou rsuivre l es tentatives de réadapt ati on d e l'enfant aupr ès de ses par e nts, les grand sp aren ts se proposaient p ou r serv ir éve nt uellement d e fami lle no ur r icière d e longue du r ée à l'enfant . L es services soc i au x de l a munic ip a l ité co ntinuère nt à refuser d e prend re d es d i spos it ions p l u s complèt es p ou r le droit de v i site des req uér ant s, ma i s acceptèrent d 'envisager leur o ffre de serv ir de foye r à D . Le 8 novembre 1985, les serv i ces soci a ux de la m uni cipalité tin ren t un e conférence sur le dossie r et décidè rent de réadapt e r D . auprès d e ses parent s . Il fut expr essément con c lu qu'en cas d e nou vell es bless ures n on-accid e nte ll es, i l serait mi s fi n au programme d e r éada p tati o n et l'on envisagerait d e pl acer D . a illeurs que chez ses parent s . Le 1 7 décembre 19 8 5 , l es ass i stan tes soc iales re ncontrère nt l es d e ux co uples d e g ran ds-pare n ts p ou r l es assoc i er au p rogramm e de réadaptation . D . reco mm e nça à passer quelque s j o u rs au foyer d e ses pa re nts, où les re qué r a nts pu ren t l e voir. Une fois encore, l 'enfant passant plu s de temp s à la m aison , ses con tacts avec les requér a n ts s' intensifière nt . Le 1- février 1986, le fils de la première requérante téléphona à sa mère pour l ui d ire que l'enfant avait un e contusion à l a j ambe . L a première requ é r a nte lu i co n se i lla de prendre co nt act av e c les service s soc i au x et le 4 fév r ier 1 98 6, l'e nfan t fut réadmis à l'hôpital o ù la p remiè re re uéra nte lu i r e nd it visite . On con stata que q D . avait des contusions à la c u isse e t s u r les fesses . Ces coups n'étaient pas exp liqu és et les pare nts de D . donnèrent des ra ison s d ifférentes s ur la faço n dont les b l eu s ava ient pu apparaître . Aux e nv iro ns du 6 février 1 9 86 , l'enfant fut placé c h ez des p a re nts nourr icie rs . Après une co nférence sur le dossier, le 7 février 1986 et conformément aux concl us i ons de la conférence précé d e nte du 8 novemb re 1 9 85 , on mit fin au plan de
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réadapt at i on e t on rec he rc ha po ur D . un place m e nt d e l o ngu e durée loin de sa famille . On déc id a simultanément d e m ettre fin a u d roi t de vi site des membres de l a famille . Depui s lo rs, l es requ é ra nts n'ont pa s é té aut or i sés à v oir D . Le 11 fév rier 1986 , l'assis tante soc iale d u G ro up e de dé fe nse des d roits d es fami lles, qu i con sei lla it l e s r e qué rant s, écriv it a ux service s sociauz de la mun icip alité p our l eur d e m a nde r de rencont rer l es re qu érants avant d e p re ndre auc une décision sur l 'aven i r de l'en fant . C ett e le tt re ne reçut pas d e répon s e , mai s le 25 mars 198 6, les r equ é ra nt s fure nt invités à ren con trer les représe nta nt s des se rvi ces soc iaux mun ic ipa ux . Ceu x-c i leur indiquè re nt qu e l e 7 fév rie r 1986 , il s ava ie nt d écidé de placer l'enfant po ur ad opti on dan s une nouvelle fam il l e . L es requé rant s n ' ava i ent p as été informés de c ett e déc i sion n i inv it és à pr ésen ter le urs ob se r v at io ns s ur ce poin t . Les 19 février et 4 mar s 1 986, les services soc i a u x de l a m un ic i palité t in re nt deu x co n férences sur l e d ro it de visite aux enfa nts p l acés à l ' assi st an ce . Il s co nfirm è rent q ue l es r e qu ér a nt s ne devaient pas voi r l 'e nfant e t esti mèren t que l es g r a nd sparents n e co n ve naient pas po ur s'occuper de l'enfant à pl e in te mps . L es req uérant s ne furent pas i nformés de la t e nu e de ces réun io ns, ni invités à présente r un e qu elco n qu e a rg umen tat i o n , i ls n e fure nt i nformés de l a déc i sion qu e le 25 m a rs 1986 . L ors d e le ur rencontre avec la municipalité le 25 m ars 1 986, l es requérants évoqu èren t l e code d'instructions su r le d ro it d e v i site aux enfants p lacés à l'ass i stance, établ i pa r le ministre co n(ormém ent à]'a nid e 1 2G d e l a lo i d e 1 980 s ur le pla ce m e n t d es en fa nts, e l n o t amme nt l e para g raph e 28 , qui se lit a in si : « Désacca rd par les parents 28 . L es muni c ipa lités doive nt veiller à di sp ose r de p rocéd ures c l air es p e rtnet ta nt a ux p a re nts de p résenter le urs grie fs en m atière de d roit de v i site et de de ma n der l a rév i sion des déc i s io ns prises . Elles d oive nt être di s posées a u ssi à reco urir à ces procéd u res p our examine r, relative ment aux d écis io n s sur le d ro it de vis it e a ux e n fants assi st és les g rie fs formulés pa r d ' aut res memb res de l a famille . » L e 26 mars 1 98 6 , la muni cip al ité adressa a u x requérants une lettre ex p liqu a nt sa décisi on su r l e dro it de vis ite e t sur l ' a do pt io n . Le 2 av r il 1986, l e s requérants r en co ntrère nt les autorités locales p our en discuter . L e 6 m ai 1986 , i ls a ss i s tère nt à un e autre r é unio n d e la commi ssio n d es services soc iaux de l a munic ip al ité et y prése n tè r ent le ur d emande d e d ro it de v i s ite à l 'en fant . L a deman de fut rejetée . E n mai 1 9 8 6, le fi l s adoptif et la b e ll e-fille de la pre mi ère requérant e dem an dèren t au tribunal po u r e nfa nts de W ig an la mai nl evée d e l'ordonnance de p l a ce m e n t d e leu r en fant , contorm éme n t à l ' article 2 1 (2) de la l o i d e 1 9 69 sur l es enfant s et l es jeu nes . L es requérants n 'av a i ent pas qualité p our a g ir dan s cette p rocédur e et n e fu ren t autor i sé s ni à s'y fa i re représen ter ni à fortnule r une q u e lconq ue de m a nde e n le u r n o m pr o p re . Pa r a illeurs, l e tribunal po ur enfants n 'av a it pas co mpéte nce po u r 240
prend re une quelconque décis ion s ur l e d ro it de v i s it e de l 'enfant à ses gr a ndsparent s . Entre temp s, le 1 2 mai 1 986 , les requérants re mi rent à la comm iss ion m un ic ipa le d es ado ptio ns une lettre demandant de les co ns idére r comme adoptants poss ibl es de P e nfant . I ls souli g naient dan s cette l ettre qu'à leu rs av i s, il dev ait être très diffici le aux assistant es soc iale s impliquées dans l 'affaire d 'e xaminer leur offre avec l 'objectiv ité re quise . Il s p rop os aient dès lors qu'un travailleur social indép end a nt procède à un e é valuatio n d e l eur s aptitudes à s'occ up e r d e l'enfant . L a d e m a nde en mainlevée de l 'ord o nnance de place ment prés ent é e p a r les parent s d e l'enfant et l a demande de d roi t de visite fure nt examiné s pendant quat re j ours à part ir du 22 octo bre 1986 par l e tribunal po ur enfant s qui pro nonça le rej et . La municipal it é d écida le placement de D . p our une ado ptio n . Légis lation et pratique internes pertinentes Loi de 1 969 sur la procédure de placem e nt des e nfants et des je un e s Aux ter mes de l'article ] de la l o i de 1969 , la munic ipalité p e ut demander au tribunal pou r enfa nt s - formation s péc iale d u tribunal d 'i n s tance ( m a gi st rate s' court) - de confier l 'e nfant à l'assis tan ce pub l ique . L ' a rtic le 2 (2) lui fait un devo ir d e l e fa i re l orsque sont rem pli es les co nditio ns préc isées à l ' a rt i c le I (2 ) ( a)-ffl . L 'article 1 (2) (a) prévoit qu ' une ordonnance ( d e place me nt ) sera re ndue lorsqu e : « (a) l e d é veloppement convenable [de l'enfant] s e trou ve entravé o u négl igé, que sa santé est compro mise ou nég li gée al o rs que la ch ose ét a it évitable ou qu e l'enfan t est ma ltraité . . . » Dan s sa requ êt e a u tribunal po ur enfant s, la muni cipal i t é doit prou ve r l'existence de l' un e des conditi on s é n o n cées à l ' a rt i c l e ] ( 2 ) (a)-(f) et m ontrer que l'enfant a be so in d ' une a ss i s ta nce ou d ' une s u rv eillance qu ' il n e rec ev ra pas en l 'a b se nce de l' une d es ordo nnances p révue s à l ' art icle 1(3) . L ' artic l a 44 de l a l o i de 1 9 33 sur les enfants et les jeunes, te l qu ' amendé par l a l o i d e 1969 , stipu le que, d a ns un e procédure de pl aceme nt à l ' a ss i stance, le tribun a l doit te nir compte du b ien de l 'en fant e n question et p re nd re d es mes ures po ur l 'e nl e ver à tout environnement i nd ési ra bl e ou ve i ller à ce qu e des m es ur es co nve nab les soient p ri ses pou r son é du ca ti on et sa formati o n . L ' u ne des ordonnances que prévoit l'article 1 (3) de la lo i d e 1969 est une ord o nnan ce de placement . Ell e a po u r e ffet d'e nl ev e r a ux pa re nt s tou s le u rs dr oits, sauf celui de con sentir à l' ad op tion et ce lui d'influer s ur l es co nvictio n s rel i gieus e s d e l 'enfant, et de l es m nfie r à l a mun ic ipal ité . Les po uv oi rs et devo irs de l a mun icipa lité à l'égard des enfant s et des je une s con fi és à le ur a ss istan ce sont é no ncés à l ' a rtic l e 10 et au Titre III de la loi d e 1980 sur le pla c ement des enfants . La municipa lité « dispose à l'égard de l'enfant confié à son assistance par une ordonnance de placemen t, des mêmes po uvoirs et devoirs . . . qu'auraient les p arent s o u le tuteur en
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l 'absence de l'ordonnance . . . (article 1 0 de l a loi de 1980) . La munic ipalité a égal eme n t le pouvoir de maintenir l 'e n fant sou s sa s u rvei ll a n ce e n dépit des réclam ations éventuelles d u pare nt o u du gard ien , ta n t qu e l'ordonnance demeu re en v ig ueu r . Lorsqu'un enfant es t con fi é à l'assis tance de la municipalité, ce ll e-ci a le d roit de rég l emente r les vis ites faites à l 'e n fa n t par d 'aut res perso nnes . E n con séque nce du pl acemen t de l'enfant à l 'assist a nce p ub liqu e, l a municipalité est tenue d e pre nd re en comp te avant tout la protection et l a p ro motion d u b i e n de l 'assi sté to ut au lon g de son enfan ce (article 18 de l a lo i de 19 80 sur le placement des e nfants à l'assistance) . C'est dès l ors, ce critère q u e la m unicipal ité doit appl iq u er lorsqu 'e lle décide d u droit de v i site à l'enfant . La procédure de placement est, sau f si l e motif (f) est allég u é, un e procédure civile r égie par le Règleme nt de 1970 su r les M agistrates Cwrts ( po ur l es jeun es et l es enfan ts) (S . I . 1970/1972) (c i -après a l e Règ l emen t de 1 970»), tel qu'amendé et c'est le dro it de la pre uve da n s les affaires civi l es q u i s'y appl iq ue . L es parti es à la p rocédure son t la munici palité et PenfanL Il es t l oisible à l'e n fan t de fa i re en sorte qu e son parent ou gardien fasse mener so n affa i re en so n nom directement o u non par un avoca t , auquel cas le parent ou gard ien peu t demander Pa i de judi ciaire au no m de l'enfant (art icle 40 (2) de la loi de 1 97 4 sur l'ai de jud ic i a i re) . Si le tr ibunal esti m e qu'il peu t y avo ir un conflit d'intérêts entre l'enfant et le parent ou ga rd i e n , i l p eat ordonner l a rep résen tation di sti n c te de leurs i ntérêts (artic l e 32 A de la loi de 1969, te l qu'introdu i t par l'art i cle 64 de la loi de 1 975 su r l es enfant s) . Dan s ce cas, l'aide j udiciaire sera di sponible sé parément pour l'enfant et po u r le parent o u gardien (artic l e 28(6A) de la loi de 1974 sur l'aide judiciaire, tel qu'amendé par l'artic l e 65 de la loi de 1 975 sur les enfants) . Au x termes de l'article 2(12) de la l o i de 19 69 , u ne décision pr ise da n s une procéd ure de pl acement par un t rib unal p ou r enfants est s ucep tible de recours devant la Crown Court . Celle-ci r éexami ne la déci sion e n r ée n tenda nt l 'a ffai re . La mu nicipalité n'a pas directement un droit d'appel lorsque l'ordonnance n'a pas été prise en vert u de l 'article 1(3) ou qu e l'ordonnance rend ue n'est pas celle qui avait été demandée . Il es t poss ible de p rése nter un po urvoi e n cassa ti on deva nt la Di visi on al Court de l a Hi g h Cou rt .
Contrôle judiciaire Q uiconque est af fut é p ar la d éci sion d' u n organe admin i st ratif pe ut en dem ander l 'an nu la ti o n pou r excès de p ou voir ou en rai so n du caractère dé raiso nn abl e de la mes u re . Tutell e La jur i di c ti on des tutelles est exercée p ar la Sect i o n de l a H ig h C o u rt chargée d es affaires familiale s ou, d a ns une certai ne m esu re, depu is le 2 8 avril 1 986, p a r l es tribunaux d e eom té . C'est da n s l a common law u ne com péten ce de privi lège qui es t en gros indépe nda nte des di s positions légales . Lorsqu'un en fant devien t pup ille du
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t ribunal, celui-ci assume la respo nsabi lité d e tou s les as pects de son bien-être . Il p eut p ar ex emple d éci d er de l'endroit où v i vr a l'enfant, a vec q ui, qui p eut lui rend re visite et prend re toute décis io n co ncern ant sa relig ion, son éd ucati o n et son m ari age s'il a m oin s de 1 8 an s . P o ur déc id er des ord onnan ces à prendr e, l a Hi gh Co un est te nu e, par l'article l de la lo i de 1971 s ur l a tu telle des mi n e ur s, de prend re e n co mpte le bien de l'enfant comme considération pr imordi ale . U n t ribunal peut co nfier la s u rveill an ce d' un enfa n t à u ne p e rsonne ou u n or gan isme, par exem pl e un e mun ici palité, mais qu i ne po urr a agi r qu e sel on ses in struc tion s . Le tribunal peut éga l eme nt confier l'assi stan ce et la s urve il lan ce de l'enfant à un e p e rsonn e ou un orga ni sme e t pr en dre ens uite e n fa veur d ' une a ut re per so nne ou d ' un autre organisme un e o rd onnan ce d e su rvei llance, co n form éme nt à so n pro p re po uvoir d isc réti o n nairz o u au x te rmes de l'article 7(4 ) de la lo i d e 19 69 s ur l a réfo rme d u dro it de l a famille . L'enfant deme ure pupi lle du tribunal jusqu'à ce qu 'i l ait atteint s a majo rit é ou que le tribun al ordo nn e la main levée de la tutelle . Aucune mesure importante ne peu t être pr ise d a ns la v i e de l'e n fant san s le co n senteme nt d u tribunal ( Re S ( 1 9 8 7) 1 All ER 202 à la page 20 9) . Quiconque . e t pas se ulem e nt un pare nt ou un e aut o rité local e , es t s u sceptib le de m a n ifeste r un intérêt appro p rié pour le bi e n d ' un enfan t peut de ma nde r à ce que l'enfant so it pl acé so u s l a tu te ll e d u tr ibunal . L 'art ic l e 41 (1) de l a l o i de 19 81 su r l a Cou r suprême stipule qu ' un enfa nt ne peu t être pupille d'un tribun al que su r o rdo nnance j udi ciai re . La d e mande do it e n être fa ite p ar requête i nitiale à l a Hig h Co urt . La procédure es t fixée par l'article 90 d u R ègl e m ent de la C o ur su prêm e . L ' enfant devie nt pupille du tr ibunal i mmé diatemen t après la re quête i niti al e . S i toutefois d a n s les 2 1 j o urs l a date de l'audience n ' es t pas fi xée p our ente n dre la requête, l a tute ll e [ om b e automatiquement . L 'audie nce a ura géné raleme n t lie u devan t un greffier qui donnera des in s t ructio ns s ur l a marche à s uiv r e avant de po rt er l'affaire devant un j uge . L e greffie r peu t égal em e nt décider d u d ro it de visite s i la p erso nn e qui a l a garde physiqu e de l'e nfant e n es t d 'acco rd . II pe ut a u ssi décide r d 'adjoind re à l a procé du re toute autre partie intér essée. Tout e pa rti e m éco nten te d e la d éc isio n du gre ffie r peu t reco ur ir à un jug e statuant en r é fé ré . Lors qu e l a cau se est e ntend u e p a r le juge, celui -c i co ntirme ra la tut e lle ou p re n dra une ordo nna nce y mettant fi n .
S o u s rése rve de vér ification des ressources, les per so nn es intér essées peu ven t, e n vertu de l 'art ic l e 7 de la l o i de 1 974 s ur l'aide j ud iciaire, ob tenir u ne a i de judi ci a ir e po ur fai re représenter leu rs i nté rêts dan s l a procéd ure de tutelle devant la H ig h C o u rt . Les déc i s i on s d e la High C ou rt so nt s usce ptibl es d 'appel à la Court o f Ap peal pui s, s ur autorisation, à la Cham br e d es L ord s . Dans d es cas e x ce ptio nn e l s, l'appel p e ut être porté d i recte m e nt devant la Chamb re d es Lo rd s . L or s qu ' un enfant est pup i ll e du tribunal , toute p artie p e ut t oujo u rs faire r even ir l 'affa ire de vant le tribunal p ou r fa i re modi fier l 'o rdon nan ce initiale de tutell e o u avoir d es instr uctio ns sur des questions t elles q ue le droi t de v i site o u l'éducation . Les tribunaux ont so u l ign é qu e la comp é ten ce d es tut ell es n'est pas un e form e s ubsi di aire d'appel d' un e d éc isio n pri se pa r un tribunal p ou r en fa nt s su r le pl aceme nt
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d ' un enfant aux term es d e la lo i de 1969 . Le rapport en tr e l es res po ns abilités de p r i se e n c harge des e nfa nts acco rdées par la l o i aux munic ip a lit és e t ce lles e xercrzs par la Hig h Cou rt e n ve rtu de la juridiction de s mt elles a été exp licit é dan s l ' arrêt de princ ipe r e ndu par Lord W i lberforce devant la Chambre de s Lo rd s, en l'a ffaire A v . Liverpool City Council (1981) 2 All E R 385, notamment aux pages 388 et 389 : l'arrêt pré c i se qu e la juridiction d es tutelles ne peut être ex e rcée par les tr ib unaux pour revo ir l e b i en -fo nd é de déc i sio ns p ri ses par les munic ipal it é s dans le c adr e du pouvo i r d iscrét io nna ire qu e leur co n Yê re l a l oi . Code d' in stru c tions s ur le d roi t de visit e C e code a été éta bl i conform é ment à l ' a rt i cle 12 G de la loi d e 19 80 sur l e pla cemen t d e s enfants à l'assistance . L ' accent est mis notamment s ur la nécess ité pour les muni c ip a lit és de prévo ir , lorsque ce l a est co mpatib le a vec l'intérêt de l 'e n fa nt, l e maintie n des contac t s, avec les m embres de la fami ll e é lar gie, en s u s des pa r ent s proprement dit s (par . 8 e t 9 du co d e) . Le code exi ge égaleme nt des auto r ités loca les qu 'elles s' a ss u re nt d'avoi r d es p rocéd ures claires p ermettan t de donne r s uite au x p l ainte s tou c hant au d roit de vis it e et de contrôler les décis io ns pris e s lorsque des memb res d e la fa mi lle so nt con cernés au tant q ue l es p a rents eux- mê mes . Les dispositions in trod u ites p ar la lo i d e 1 983 sur l es services sanit aires e t soc iaux et le contentieux d e l a sécurité soc i a l e, qui prévoient une procé du re j ud ic ia ire do nna nt aux pare nt s le droi t d e dem ander à voir l 'enfant lo r sque ce lui -c i fa it l'o bjet d ' une o rd on nance d e pl acement , n e s'appliquent p a s a ux dema n de s p ré sentées pa r les gran dspa re nt s . Dès lo r s, l a légi slatio n interne ne reco nn ait p as a ux grands- paren ts de droit d e visile ni celui d e demander à voir l 'e nfa nt pr is en c harge par l a muni c ipa lité aux te rmes d' une ord o nn a n ce de pl acement d'office .
Grnnds-pa r en ts et petits-enfants Selon la lé gi sla t ion interne, l es g rand s- par e nt s n'ont gé nér a lem e m pa s de droits s ur leu rs peti ts-e nfan ts . To us droits pou van t e xi ster s ur d es enfants sont normalement co nférés conjo in temen t a ux pa re nts de l'en fant s' i ls son t m a riés . Lo r squ ' i l do it exam i ne r de co nfie r l a g arde d ' un enfant à quelqu ' un ou se pen cher su r une qu es tio n relative à l'éducation de l'e nfan t, pa r ex em pl e l e droit de lui re nd re v i s ite, le tribun a l d o it avoi r po u r co n s idéra ti on premièr e l e b ien de l'enfant (a rtic l e 1 d e la l oi de 1971 s ur la ga rd e d es mineu rs) . Lors qu ' un en fant est pri s e n ch a r ge pa r une munici pa lité en vert u d'un e ordo nna nce d e pl acemen t d'office, l e g ra nd-par ent n ' a pas le dro it d'e n demander la garde n i ce lui d e l e voi r, ma is do it se fonder s ur le po u vo ir disc réti onnaire de la mun icipalité d 'offr i r d es co ntacts avec l 'enfa nt (ce qui p e ut co mpre ndre le d ro it de vis ite o u de l a i sser l'enfant v ivre av e c le s g rands- parent s), l o r sque ceci est de l' intérét d e l'enfant . L'article 1 8 de la lo i de 1980 s ur la pri se e n c ha r ge de s e nfants e xige d ' une municipalité de do nner la pri mauté à la p rotectio n et à la p romoti o n d u b ie n de l 'e n fant t o u t au l o ng de son e n fa nce e t le s con tacts avec les g r a ndspa re n ts d evront d ès l o rs être com p at ibles a vec le b ie n de l'en(a n t .
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S e lo n la l égis l ati on intem e, les grands- p ar ents p euv ent être parties aux procédures s u iva ntes o u y être a sso c ié s par r a pp ort à l eurs petits-enfant s : i.
Conformém ent à l'art ic le 14A de la l o i d e 1971 s ur l a tutelle des m i neu rs, lo rsque, aux terme s de l ' a rt icle 9(l) de la l o i , se trouve e n v ig u e ur une ord onnan c e acco rda nt dro it de v i site ou garde au p ère ou à la mère de l 'e nfant , le tribunal p eut, sur requête du grand -parent du mineur , prendre une ordo nn a nce obl ige ant à do nner aux gran ds- pare nts l e dro it de vo ir l'enfan[ .
ii . Les g rand s-parents peu vent entamer un e p rocé dure d e mi se e n tutelle, ou de mand er à s' associer comme partie à l a p rocé dure de tutelle en gagée pa r une autre personne, et soll ic iter du t r ib unal toute ord o nnance dan s l'intérêt d e leu r petit-fils . To utefois, comme i ndiqué plu s haut, la procédu re de mi se en tute ll e ne saurai t s ervir à contester les déci s ion s pri ses p a r les autorités l ocales en vertu de l eurs pouvoirs ré gl e me nt a ires . ii i .
Lorsque l'enfant conce rné v it avec ses g rands- p are nts, ceux-ci pe u ve n t, e n vert u de ma l oi de 1975 s u r l es enfa nt s, sollic iter à son égard un e ordo nna nce de garde . Cette d is pos i ti on s' appl ique à tout me mbre de la fami lle avec qui l 'e nfant a vécu pendant les trois moi s précédents, s i l a perso nne i nvestie de l a gard e l é ga le de l 'enfant y consent . La d ispos iti on s' appliqu e a uss i à toute personne avec qui l'enfant a v écu pen dant une p ériode de douze m o i s (y compris l es trois m oi s précédents) lorsque la per sonne investie de l a garde légal e y con sent .
iv .
Lo rsque l 'enfant v it avec ses g rands-parent s et que d i verses rondili on s pr é vu es par la loi sont réunies, le s gr a nd s-p arents peuvent solli c iter un e ord o nnan ce d 'ado ptio n . C es d is pos it ions valent égal e m e nt pour t ou t adoptant éve ntu e l re mplissa nt l e s condi tion s p e rt i ne n tes .
G RI EFS (Extrait )
2. Les req u éran ts se plaignent égaleme nt d ' une vio latio n des dro it s que le ur garantit l'article 8 d e l a Conve ntio n . Il s o nt e u largemen t accès, so utiennen t-i ls, à leu r petit-fils depuis sa na issance e n ju i ll e t 1984 jusqu'à so n pl a c eme nt dé finitif ch ez des pare nt s n ourriciers en fév r ier 1986 . Ils ava ient a v ec lui des lie ns étroits e t i ntimes d 'a mo ur e t d'affection, a i n si qu'avec sa mère , son père et s a s¢ur . L a v ie d e famille s'applique a ux relat io ns e ntre grands- pa re nt s e t peti ts-e n fants et i l déco ule de l'arrêt rendu p a r l a Cour euro pée nne des D ro it s d e l ' H o mme da ns l'affaire M arckx que l'Etat a l'obligation de perm e ttre l e d éveloppement no rmal de ces rela tion s (Cour Eur . D . H ., arrêt Marckx du 13 juin 1979 , série A n° 3 1 ) . Toutefois en refusant : 1 . d'auto ri s er l e s r equ é rant s à voi r l 'en fant de fi n septemb re à fin n ovemb re 1 984 , 2.
d ' au tori ser les re qu é rant s à voi r su ffi s amm e nt l 'enfant d e mi -ju i n à fi n nove mbre 1985,
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3 . d' autoriser les req u érant s à voi r l'enfant d e pu is le 4 février 19 86 j us qu 'à aujourd 'hu i e t
4 . d'a u toriser les r e qu érant s à pren d re en charge l'e nfan t et à lu i fo urni r un foyer , les services sociau x de l a munic ip alit é o n t porté atte i nte au d r o i t d es r e qué rant s a u respect d e l e ur vie fam i l ia le . Considéran t notamment : 1 . Que les décisions des services sociau x de la m u n ic ipalité d e re fu se r l e d ro it de vis it e en septemb re 19 8 4 e t d e le res t re indre e n j u i n 1985 o nt é té prises à l'insu des requ érant s et sa n s qu 'on leur d ema nde de présenter auc une a rg u men[atio n ; 2.
Que l a d écis ion , prise par les services soci au x le 7 févr ie r 1986 , de placer l'enfa nt dan s u ne no u ve l le fami ll e pou r y étre adop té a été pri se à l'insu d es requérant s, ne leur a pas été com m u n iq uée et ignorait la demande qu'ils avaient formul ée dan s leur lett re du 9 août 1985 p ou r être considérés comme s u sce pt ibles de p re nd re e n ch a rge le u r pe t i t -Fds,
3 . Q u e les décisions pr ises, par les services socia ux de la mu n icipal it é les 19 fév ri e r e t 4 m ars 1 986, d e me tt re fi n a u d roit pour les requérants de voir l'enfant et de rej eter leur p roposition de servir de foyer à l'enfant l 'ont été à l'insu des r equéra n ts et sa n s le ur participation , m al gré l eu r lettre du 11 fév rier 1986 da ns l aquell e i l s dema ndxient à être aut o r isés à présente r leu r s o b servat io ns ava nt qu'aucune décisio n n e soit p r ise ; 4 . Q u 'auc un e tentative n 'a j a m ais é té faite par l a m uni c ipalité pour p rocéder à u n e éval u at io n approfond ie de la poss ib ilité pour l es req u éran ts de pr e nd re e n charge l'enfant ou de l e ur s relatio ns avec lu i n i pou r o bten ir d'eux des informations détai ll ées s u r les propositions faites pou r l 'enfant ; 5 . Q u 'au mo m ent où les req u é rants furent in v ités à un entretien avec les serv ices socia u x d e la mu ni c ip a l ité le 25 mars 1986, d'i mpor tan tes décis i o n s ava i e nt déjn été pri ses sur l ' ave n ir de l'enfa nt et que leurs o bservatiu ns étaie nt p ar co nséqu ent inefficaces ; le processus décisi onnel dan s l es services sociau x de la municipalité ne présen tait pas les garan ties su ffisa ntes et éta it to talemen t d épo u rv u de respect pour la vie fam i liale des i ntéressés . L es req u é rant s soutie nn e nt qu e l 'ingérence de l a mu nicipalité n 'était pas néeessa ire au se n s d e l'article 8 par . 2 de la Co nve ntio n , car i l n'a jama is été allégué qu e les requérants aien t bl essé, m a ltrait é o u n égligé l'enfant, n i que leurs r a pp orts avec lui aient é té autr es q ue no rtn aux n i qu'i l s n'aient p as fai t preuve d 'affec ti o n et d'inquiétude po u r leur peti t-fi l s .
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EN DROIT (Extrait) Les requérant s se plaign e nt de ce que le re fus total o u part iel d e l a munici palité de le s autor i ser à voi r leu r peti t- fils e ntre sept emb r e et novembre 1984 , e ntre j uin et novembr e 1 98 5 et depui s l e 7 févri er 1986, ai ns i q ue so n r efus de les auto r ise r à fournir à l'enfa n t un foye r nou rr ic ier , portent atte i nte a u dro it a u respect de le ur v i e fam il i al e . Il s sou t i e nn e nt e n outre que le s d éc i sio ns qu e la muni c ipal i t é a pr ises à p ro pos du d roit d e v i site, de l a g arde et de l'adoptio n l'ont é té à l eur i ns u et sa n s qu'ils aie nt la p oss ibilit é d e prés ent e r des obs e rvatio n s . La munici pal it é n'a dès lor s pa s re sp ec té l e ur vie fami li ale . L 'a rt ic l e 8 de l a Co nve nt i o n se lit ains i : « L . To ute p e rson ne a dro it au res pect de sa vie pri v ée e t fami l ia l e , 2 . II ne p e ut y avo ir in gére n ce d ' un e auto rité publiq ue dan s l'exercice de ce d roit qu e pour autant qu e cet te i n gérence es t pr év u e p a r la l o i et qu'elle constitue un e m esure qui , dan s une société d ém ocr a tiqu e, es t nécessai re à l a séc ur ité nati o nale, à l a sûreté publique , au bien-être é co no miqu e du pays, à l a dé fen se d e l'ordre et à la prévention des infractions péna les, à la p rot ecti on de l a san té et de la moral e, o u à l a protection des droits et libertés d 'aut rui . » Le G ou ve rn e m e nt a sou te nu que l a notion de « vie fa m i l ia l e ga rantie pa r Particle 8 d e l a Co nve nti on e xige plu s qu ' un e si mpl e relat i o n et qu 'e n l'es pèce les lie n s e nt re les req uér a nts et D . n'étaient pas suffisammen t ét ro it s p our relever de ce tt e d i sposition . Le Gou verneme nt invoque no tamme n t le fait qu e D . ne vivait pas avec les re qu é rauts .
L a C om mi ssion rappe lle à c e t égard qu e, dans l'affa i re M arckx , la Cour a déc l a r é que la «vie familia le» a u se ns de l ' art icle 8 e ng l obe pour l e mo i ns les rapp orts entre p roc hes par ent s, l esquels peu vent y joue r un rôle con sidéra bl e, par e xempl e e ntre g rands- parent s et petits-e nfant s (Cour Eur . D . H ., arrêt Marckx d u 1 3 ju in 1 979, séri e A n° 3 1 , p a r . 4 5) . La cohabitation n'es t cep e nd ant pas u ne condit ion préa lable au maint i en des l i ens fam il iaux po ur qu 'i l s relève nt d e l a no tio n de uvie fami l i ale » . La co hab itat i on est un élément pa rmi bi en d'autres, même s' il est sou vent i mporta nt, à prendre e n con si d ératio n po u r ex a min er l 'exis tence de li ens fam i l i au x . La Comm iss i o n rappell e e n l'esp èce q u e l es r eq uérants voyaient régulièrement D . depuis sa n aissan ce e t qu e, pe ndant so n pre m ier séjour à l ' hôpital, t ou s deux so nt a ll és le voir qu otid iennemen t . I l est év ident p ar a i lleur s que, t ou t a u long d es évén em e nts qui o nt s uiv i , l es r e qu éran ts o nt maintenu le con tact avec D ., a uta n t qu'ils e n é tai e nt capab l es, en l u i rendant de fréquentes v i s ites et qu ' i ls on t fait connaitr e à l a mun icipalité le u r inquiétude pou r l'enfa nt et l e ur sou hait d e lu i offrir u n foyer. Da ns ces co n diti on s et vu le très jeun e â ge d e D . e t la genèse d e so n pla cement à l 'ass ista n ce publique, la C ommiss i on es tim e que l es requérant s ont établi avec l eur petit-fi ls des l i en s fam i li aux i mp orta nts qui rel èvent d e la no tion de . v ie familiale » au sen s
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d e l'article 8 par . 1 de l a Co n ve ntio n . L a Co mmission doit dès l o r s e xaminer s' i l y a eu in gére nce da n s l e droit des requé ra nts au res pect de cet as pect de leur vie fa mil i al e et, dan s P affirmati v e, si l 'i n gér e nce se j ustifie au reg ard de l'article 8 par . 2 d e la Co n ve ntio n . La C ommi ss io n re lève en premier l ie u qu e, gé n éral e m e nt , le lien e ntre g randspa re nt s et petits en fan t s est différe nt , en nature et e n deg ré, de ce lui qu i unit un pare nt à son enfant , et que l a Commissi on et la Cour on t reconnu tout es les d eux comme é ta n t d' un e i mp ortan ce fo n damentale (p a r e xe mp le Co ur E ur . D . H ., arrêt W . c/ Roy aume - Uni du 8 j ui llet 1 98 7, série A n " 121 ) . L orsq u ' un parent se vo it refu se r le dro it de re ndr e v i si te à so n enfant pl acé à l ' a ssi stance pu b li qu e, il s'agit le plu s souvent d'u ne in gér en c e dan s le d ro it d u par e nt au res pect d e la vie famil i al e telle q u e l a p rotège l 'article 8 par . 1 de l a Co nve nt io n , ma i s cel a n'est pas nécessairement le cas lorsqu'il s'agi t d es g rand s- p are nts . L e dro it po u r l es grand s- pare nts de voi r le urs p e ti ts-e nfants est norn ial eme nt lai ssé à l a disc rét i on d es parents de l 'enfant e t l orsqu' un e ordo nn a n ce de placement d e l 'en fa nt a été rend ue, le droit de déc ide r des vis it es à l'e nfa nt passe à l 'a ut o r i t é loc ale . D a n s ce cas, il pe ut y avoi r in gé re n ce d e l a mun ici plai té si ce l le-ci di mi nu e l es co nta c ts e n refusant a ux g rands- p a r e nts ce qui co ns tit ue, dan s t ou s les cas, un dr o it de vi site ra i so nnable e t nécessa i re po ur préserver les rapports gr a nds- pare nts/p e tits-e nfant s . U ne réglemen tati on d u dro it de v i site qui n 'i ra it p as j usqu e-là n e co n st itue rait p as en soi un défau[ de resp ect p ou r la v i e fami liale . E n l'es pèce, les requéra n ts se pl a ig nent de s'êt re vu r efu se r tot al ement ou partiellement le d roit de voir l'e nfan t pendan t tr o i s pé[i odes : de fi n se ptemb re à fi n novembr e 19 84 , de ju i n à nove mbre 1 985 e t depui s le 7 févr ie r 19 86 . Ils se pl aig n ent de ce q ue ces d éc i sio ns ont ét é p ri ses à l eur insu et sa n s qu'ils a i e nt la p ossibilité d e présente r leur s o bserv a tion s . La Commi ss io n ra pp e ll e q ue la p re mi ère pér iode co rrespo nd ait au premi e r pl acemen t d e D . c hez des pa rents no urr icie rs, après que des blessu res g rav es e ure nt con duit à hos pital i ser l' enfant . Le d roit de vo i r D . fut r établi moi n s d e deux m oi s plu s lard lorsque la mun ici palit é e nt amn un prog ramme d e réada pt a ti on d e D . à ses pa re n ts . S 'agissant de la deu xiè m e péri od e, il semble q ue les req uérants ai e nt été lim ités à un e v is it e p a r semaine po ur l a pre mi è re re quérante, à effectu er e n compag n ie d e la m è re de l'enfant . Le Go u verne ment affir me qu e cette restriction a u d roit de v i site a été i mp osée par la m un i c ipalit é parce q u ' i l fall ait mettre l'accent s u r l a tâche délicate et capita l e co nsis t a nt à réad a pte r D . à ses pare nt s . Dan s l'hypothèse o ù l a règle d es s i x mo i s é n on cée à l'article 26 a é té respectée, la Commiss io n co ns tate po ur ces de ux pér iodes -- co mpt e tenu de ce qu 'à d'a u tres moment s les requérants o nt e u , sembl e-t - il , un d roit i l l i mit é de vo ir D . - que la restr ic tion i mp osée au d ro it de v i s ite p ar la munici p a lit é d a n s l es c i rco n st a nces précitées ne co ns tituai t pas une ingérence da n s les d ro it s des gra nd s-pa rents a u re gard de l 'art i c le 8 p ar . 1 de la Co nve n tio n et n e montrait aucune méron n aissa nce d e ces dro it s . 24 8
S ' ag issant de la t ro i s i è me pé r iode, l o rsque l a munici pa l it é a déci dé l e 7 fév rie r 1986 (déc is ion co nfirmé e les 19 févri e r et 4 ma r s 19 86 ) de m e ttre totalement fin au droit de v isit e et de cherch e r à placer D . à long ue éc héa nce et à l e fa ire adopter en deho r s de s a famille - pério de à part ir de laquel l e les requ érants n'ont p lus é té a utori sés à le vo ir - e t v u la con s tatati on p a r la Comm issio n d e l'existence de l ien s familiaux importants entre les requérants et D ., la Commission estime que ces décisions, qui o nt de fait mi s fi n à t ou t co ntact futu r entre les requ éran ts et l'e nfant , ont constitué, d a n s le d ro it au resp ect de le ur v ie fami li al e, un e in gére nce co ntraire à P an icle 8 pa r . I d e l a Convention . U ne in géren ce da n s l e dr o it a u respect d e l a v ie famili a le e ntraî ne v i ol a tio n de l ' a rtic le 8 à moi n s qu'elle ne soit « pré we pa r l a l oi . , a it un objectif l égitime a u r egard de l'article 8 par . 2 et soit « nécessaire dan s une société démocratique » p our atteind re ce t obj ec tif . La juris p r udence de la Co mmission e t de l a Co ur étab lit que la n oti o n d e nécessité impliqu e que P in gér e nce corresponde à un beso in soci al impéri eu x et so it pr op ort io nn ée a u but l égitime po ur s ui v i . Po ur dét e rmin er l e caractère « nécessaire » d' une in gé r e nce , l a Commiss ion et la Co ur tie nn e nt compte de l a marge d'appréciation laissée a ux Etat s co n tr a c ta nt s ( v o ir pa r ex e mpl e Cour E u r . D . H ., arrêt H a nd ysi de d u 7 décembre 1976 , sér ie A n ° 24 ; Cou r Eur . D . H ., ar rêt J o hns to n et autres d u 1 8 déce mbre 1986 , sér ie A n ° 112) . En Pes pèce tou tefo i s, i l n 'est pa s contesté par l es r equ éra nts que les déc i sion s de la muni c ipalit é éta ien t pr év u es par l a l o i et vi saient un objecti f légi t i m e, à savoi r la protectio n de la s anté et des d roits de D . Il s contestent cepe ndant que l 'i ngére nce fût «nécessaire dans un e soc iété démocratique» car ils n'ont pas été su ffisamme N associés au x mesures prises p a r l a municip alité e t ne d isp osa ie nt d'aucun recours e ffectif po ur les co ntester. Sur l a ques ti o n d e s a vo i r si l 'i ngé r e nce était nécessaire d a n s un e société d ém oc ra tique , l a Co mm iss io n r a ppe ll e que l 'e nfa nt D . ava it é té, de puis sa naissance, v i ctime d' une série d e blessures et qu e l a mun icip a lité e n éta it ve nue à la co nclu sio n qu 'elles n 'é taient p as accid e nt elles et qu'il ét ait nécessaire pour l a séc urité physique et affec ti ve d e l'enfant de le p lace r à titre p e rman e nt dan s u n foye r de substitution à sa fam i ll e n atu rel le . La Commiss i o n r elève que la mu n i c ipalité a v a i neme nt essayé de réadapter D . dan s sa fa mille et que les requérants o nt pu à di ver ses reprises présenter à la municipalité l e ur s ob serva[ ion s s ur l'avenir d e D . Dan s ces conditions et v u l a marge d ' appréci a t ion à l ai sser à l'Etat C o ntrac t a nt , la Commi ssio n est ime que l a d écis i on de la munic ipal ité d e m ettre fin au dro it de v i site à D . co rres po ndait effectivement à un besoin socia l im pér ie ux et n'avait pas un ca ra c t ère disproportionné . Elle co ns tate dès l o r s qu 'en l'espèce, l' ingérence é tait nécessaire da n s une société dém ocr at i qu e au sen s dc l ' article 8 par . 2 de la Convention . Les requéra nt s se sont pl aint s égalemen t, à propos de la cessatio n définitive de l e ur droit de v is it e après l e 7 avril 1986, de n'avoir pas ét é convenablement con sultés . 249
La Commissio n a dès lors examin é si ces gr i e fs de pa rtici p a ti o n i n s uffisa nte a u x mes u res pri ses munifes taient en e u x- m ê mes u n d éfa ut d e res pe c t de l a vie fa m i li al e d es re qué rant s . L a C o ur a ex a m i né à p ro pos des p a rent s une question an a l ogu e da ns l ' affa ire W . c/ Royaume-Uni ( C o ur E ur . D . H . . arrêt du S jui llet 1 987 . sé r ie A n° 1 2 1 ) . La Cour décl ara i t : « Il échet d ès lo r s de d é ter mi ne r , en fo ncti o n des c i rcon stan ces de ch a qu e es pèce e t not amm e nt d e l a gravité des mes ures à p rend re, si les par ent s o nt pu j ou er dans l e p rocessu s d éc i sio nn el, con si dér é comm e un tout, un rôl e assez grand po ur le u r accorder l a protection requi se de l e urs in téréis . D a n s la négati ve, i l y a man que ment au respect de l a vie familia l e et l'ingérence résultant d e ] a décisi on ne sau r ait p asser pour ` n écessai r e' au sen s d e l 'arti cle 8 . » E n l 'espèce to utefo i s, la Commiss io n rap pelle qu e les r equ éran ts son t les grands-parents et non les parents d e l'enfant placé à l'assis tan ce . Elle co n state que l es diffé re nces d e n atu re de ce li e n fam ilial n 'ob li gen t pas nor mal e m e nt une m unic i pal ité à co n sult er l es g r a nd s-p a rent s ou à l es associer au p rocess u s déc i sio nnel au même d egré qu e ce n'est le cas pour les pare nts naturels . La Co mm iss i o n r appe lle qu e la mun ici p a lit é a d éci dé d e mettre fin au d ro it de vis ite des req u éra nts à D . l e 7 fév r ier 198 6 et qu 'elle a confirmé cet te déc isio n lo rs d e ses r é un i o n s des 19 fév r ier et 4 mars 19 86 , a u co urs desquell es il a été constaté égalem e nt qu e le s requé ra nt s n e co n ven a ie nt pas po ur s'occ up e r de D . à plein t e m ps . L es r e qué r a nt s o nt c epend ant ét é invités à présen ter leurs ob serv at ion s s ur Iz dro it de vis i te à l 'occas io n d e t ro i s réuni o ns ul téri e u res - l es 2 5 mars, 2 avril et 6 mai 19 8 6 - et o nt pu faire v a loir leur s a rg ume n ts p o u r obtenir le d roit de visit e et/ou la gar d e d e D . Après avoi r examiné les fait s de la cau se, la Com miss ion co nst a te dès lo rs que l'opi ni o n des g rand s-pa re nt s a été pri se e n co mpt e e t que l es requérants ont, à plu s ieu rs re p r i ses, pu présente r à la mun icip alité un e argumentation per m e uam de faire réex ami n er l a situation . La C omm i ss ion es time qu e l e degré d 'associatio n des g r and s-p a re nts en l 'es pèce a été su ffisant po u r assu rer la p rot ection d e l eu r s intérêts telle q ue l 'exige l'article 8 de la Convention e t qu 'i l n'y a pas eu d ès lor s dé faut d e res pect de leu r vie familiale au sen s d e cet te disp ositio n . Il s'en su i t que ces griefs d oivent ê tre rejetés co mme man i festement mal fon dés a u sen s de l ' arti cle 27 par . 2 de la Convention .
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Origine de la décision

Formation : Commission
Date de la décision : 09/03/1988

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