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§ France, Conseil d'État, 7 / 8 ssr, 27 juin 1984, 35030

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Sens de l'arrêt : Rejet
Type d'affaire : Administrative
Type de recours : Plein contentieux fiscal

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 35030
Numéro NOR : CETATEXT000007620804 ?
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;1984-06-27;35030 ?

Analyses :

CONTRIBUTIONS ET TAXES - IMPOTS SUR LES REVENUS ET BENEFICES - REVENUS ET BENEFICES IMPOSABLES - REGLES PARTICULIERES - B - I - C - DETERMINATION DU BENEFICE NET - CHARGES DIVERSES - Charges étrangères ou non à l'intérêt de l'entreprise - Gestion commerciale normale - Abandon de créance d'une société à sa filiale - dans son propre intérêt commercial.

19-04-02-01-04-09 En consentant à l'une de ses filiales placée dans une situation financière difficile une subvention et un abandon de créance, une société qui a cherché à éviter le dépôt de bilan de sa filiale, lequel aurait eu une incidence grave sur la poursuite de ses propres activités commerciales, doit être réputée avoir agi dans le cadre d'une gestion normale, alors même qu'elle aurait pu recourir à d'autres mesures pour parvenir aux mêmes fins, en particulier souscrire à une augmentation de capital de la filiale.


Texte :

Recours du ministre du budget tendant :
1° à l'annulation du jugement du 3 février 1981 du tribunal administratif de Lille accordant à la S.A. Courtaulds, une réduction de l'impôt sur les sociétés de 1971 ;
2° au rétablissement de la société au rôle de l'impôt sur les sociétés au titre de l'année 1971 à titre principal, à raison de l'intégralité des droits et pénalités qui lui avaient été assignés mais diminués de l'impôt sur les sociétés au taux de 10 % sur les plus-values à long terme 1 128 820 F versé spontanément ; à titre subsidiaire, à raison d'une base rehaussée de 699 600 F, l'impôt correspondant à cette base étant diminué de l'impôt sur les sociétés d'un montant de 69 690 F correspondant aux plus-values à long terme déclarées à tort par la société ;
Vu le code des tribunaux administratifs ; le code général des impôts ; l'ordonnance du 31 juillet 1945 et le décret du 30 septembre 1953 ; la loi du 30 décembre 1977 ; la loi du 29 décembre 1983, portant loi de finances pour 1984, notamment son article 93-II ;
Considérant que la société anonyme Courtaulds, qui produit des fibres de " nylon " et notamment du " celon ", a accordé, le 16 juin 1971, à la société Tissages de Colmar, société filiale à 69,96 %, une subvention de 1 600 000 F, et a consenti au profit de cette filiale, le 2 septembre suivant, un abandon de créances se montant à 1 086 342,20 F, portant ainsi l'actif net de sa filiale à une valeur de 1 000 000 F, égale à celle de son capital social ; qu'après l'absorption intervenue le 17 novembre 1971, de la société Tissages de Colmar par la société Tricots-France, également filiale de la société Courtaulds, des titres supplémentaires de la société Tricots-France ont été substitués à ceux de la société Tissages de Colmar dans l'actif de la société Courtaulds pour une valeur de 699 600 F ; que l'administration n'a pas admis la déduction par la société Courtaulds de la somme de 2 686 342,20 F, correspondant à la subvention et à l'abandon de créances susmentionnés, et a réintégré cette somme dans ses bénéfices imposables ; que le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, et des finances, chargé du budget fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lille a accordé à la société Courtaulds décharge du complément d'impôt sur les sociétés qu'avait entraîné la réintégration susmentionnée ; qu'il demande, à titre principal, que la société Courtaulds soit rétablie au rôle de l'impôt sur les sociétés, au titre de l'année 1971, à raison de l'intégralité des droits et pénalités qui lui ont été assignés, diminué de l'impôt de 10 % sur les plus-values à long terme versé spontanément par la société, et, à titre subsidiaire, à raison d'une base rehaussée de 699 600 F, l'imposition correspondante étant également diminuée de l'impôt de 10 % sur les plus-values à long terme, déclaré à tort par la société ;
Sur les conclusions principales : Cons., en premier lieu, que le ministre soutient que la société Courtaulds, pour venir en aide à sa filiale, la société Tissages de Colmar, qui éprouvait des difficultés en raison de la mise au point d'un procédé nouveau de tissage à jet d'eau, aurait dû procéder par la voie d'un apport en capital ou d'un prêt, et non pas de procéder, comme elle l'a fait, par la voie d'une subvention et d'un abandon de créances, et qu'en procédant ainsi, la société Courtaulds n'a agi qu'en fonction de motivations fiscales, commettant ainsi un abus de droit ;
Cons., en deuxième lieu, qu'il résulte de l'instruction que la société Tissages de Colmar se trouvait, au moment où sont intervenus la subvention et l'abandon de créances dont s'agit, dans une situation financière difficile qui pouvait conduire à une cessation d'activité ; que la société Courtaulds a cherché à éviter le dépôt de bilan de sa filiale, lequel aurait risqué de porter atteinte à son crédit et, surtout, aurait eu une incidence grave sur la poursuite de ses propres activités commerciales, cette filiale achetant la totalité du " celon ", matière de base qu'elle utilisait, à la société Courtaulds dont cette matière représentait 40 % de la production ; que, dans ces conditions, la société Courtaulds a pu estimer à juste titre qu'il était conforme à ses propres intérêts d'assainir la situation financière de sa filiale ; que la société Courtaulds doit, dès lors, être réputée avoir agi dans le cadre d'une gestion normale en consentant, à des fins commerciales, la subvention et l'abandon de créances litigieux, alors même qu'elle aurait pu recourir à d'autres mesures pour parvenir aux mêmes fins, en particulier souscrire à une augmentation de capital de la filiale, précédée ou non d'une réduction de capital ;
Cons., en troisième lieu, que dès lors, ainsi qu'il a été dit plus haut, qu'ils ont eu une contrepartie commerciale pour la société Courtaulds, la subvention et l'abandon de créances susmentionnés ne peuvent être regardés comme une libéralité accordée aux associés minoritaires de la société Tissages de Colmar ;
Cons., en quatrième lieu, que s'il est vrai que l'absorption de la société Tissages de Colmar par la société Tricots-France a été réalisée quelques semaines après que soient intervenus la subvention et l'abandon de créances litigieux, cette circonstance ne suffit pas à établir, contrairement à ce que soutient le ministre, que la société Courtaulds a consenti à sa filiale la subvention et l'abandon de créances dont s'agit pour des raisons financières en vue de permettre la fusion susmentionnée et l'acquisition par elle de 2 234 actions supplémentaires de la société Tricots-France, alors qu'il résulte de l'instruction que la société Courtaulds possédait déjà 78 % du capital de la société Tricots-France et, qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les abandons consentis par la société Courtauld à la société Tissage de Colmar étaient essentiellement motivés par des impératifs commerciaux ;
Cons., enfin, qu'eu égard notamment tant au délai qui s'est écoulé entre l'acquisition par la société Courtaulds du capital de la société Tissage de Colmar, à hauteur de 69,96 %, intervenue en 1968 et la subvention ainsi que l'abandon de créances au profit de celle-ci, consentis en 1971, qu'à la circonstance que la société Tissages de Colmar a subi des pertes d'exploitation pendant ce délai, cette subvention et cet abandon de créances ne peuvent, contrairement à ce que soutient le ministre, être regardés comme un complément du prix d'acquisition des titres de la société Tricots-France ;
Sur les conclusions subsidiaires : Cons. que le ministre fait valoir, à titre subsidiaire, que la subvention et l'abandon de créances litigieux, ayant eu pour effet de porter à 1 000 000 F l'actif de la société Tissages de Colmar, montant de son capital social, ont nécessairement augmenté, à concurrence de 69,96 % de cette somme, la valeur comptable de la participation détenue par la société Courtaulds dans la société Tissages de Colmar, et que cette revalorisation devait se retrouver à l'actif de la société Courtaulds ; que, toutefois, ainsi qu'il a été dit plus haut, la subvention et l'abandon de créances susmentionnés ont été consentis par la société Courtaulds, non dans le cadre de la gestion de ses participations financières, mais à des fins relevant essentiellement de son activité commerciale ; que, dès lors, et sans qu'il y ait lieu de rechercher les effets sur l'actif net de la société mère de l'aide ainsi consentie à la filiale, cette subvention et cet abandon de créances constituaient pour la société Courtaulds des charges déductibles ;
Cons. qu'il résulte de tout ce qui précède que le ministre n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a accordé à la société Courtaulds décharge des impositions litigieuses ;

rejet .


Publications :

Proposition de citation: CE, 27 juin 1984, n° 35030
Publié au recueil Lebon
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Composition du Tribunal :

Président : M. de Bresson
Rapporteur ?: M. Turquet de Beauregard
Rapporteur public ?: Mme Latournerie

Origine de la décision

Formation : 7 / 8 ssr
Date de la décision : 27/06/1984

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