Facebook Twitter Appstore
Page d'accueil > Résultats de la recherche

§ France, Conseil d'État, 01 mars 1991, 93459

Imprimer

Type d'affaire : Administrative

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 93459
Numéro NOR : CETATEXT000007779229 ?
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;1991-03-01;93459 ?

Analyses :

RESPONSABILITE DE LA PUISSANCE PUBLIQUE - RESPONSABILITE EN RAISON DES DIFFERENTES ACTIVITES DES SERVICES PUBLICS - SERVICE PUBLIC DE L'EMPLOI.

TRAVAIL ET EMPLOI - POLITIQUES DE L'EMPLOI - INDEMNISATION DES TRAVAILLEURS PRIVES D'EMPLOI.


Texte :

Vu la requête enregistrée le 22 décembre 1987 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentée pour M. Augustave X..., demeurant ... ; M. X... demande au Conseil d'Etat :
1°) d'annuler un jugement du tribunal administratif de Paris en date du 27 octobre 1987 rejetant sa demande tendant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une indemnité de 5 000 F en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait d'une insuffisante revalorisation, au 1er avril 1984, des prestations qui lui ont été versées dans le cadre du contrat de solidarité conclu le 17 septembre 1982 entre l'Etat et les sociétés désignées sous le nom de "Groupe Casino" ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 5 000 F, avec les intérêts au taux légal à compter du 5 juillet 1985 ;

Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code du travail ;
Vu le décret n° 84-495 du 25 juin 1984 ;
Vu le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel ;
Vu l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ;
Après avoir entendu :
- le rapport de M. Boyon, Conseiller d'Etat,
- les observations de la SCP le Prado, avocat de M. Augustave X...,
- les conclusions de M. Hubert, Commissaire du gouvernement ;

Sur l'intervention de la société "Etablissements économiques du casino Guichard-Perrachon et cie" :
Considérant que la décision à rendre sur la requête de M. X... est susceptible de préjudicier aux droits de la société "Etablissements économiques du casino Guichard-Perrachon et cie" ; que, dès lors, l'intervention présentée par cette société est recevable ;
Sur la requête de M. X... :
Considérant qu'aux termes de l'article R. 322-7 du code du travail, les conventions de coopération mentionnées à l'article R. 322-1 (2°) "peuvent ...prévoir l'attribution d'une allocation spéciale aux travailleurs âgés lorsque la cessation volontaire de leur activité ...permet le reclassement ou le placement d'un ou de plusieurs demandeurs d'emploi" ; que, sur le fondement de ces dispositions, l'Etat a conclu avec les sociétés désignées sous l'appellation de "groupe Casino", le 17 septembre 1982, un contrat de solidarité en vertu duquel les salariés de ces sociétés ayant volontairement cessé leur activité afin d'être mis en "pré-retraite" pouvaient, sous certaines conditions, bénéficier, jusqu'à l'âge de soixante ans, de ressources garanties comprenant, d'une part, l'allocation spéciale de démission du fonds national de l'emploi, créée par l'arrêté interministériel du 1er février 1982, et, d'autre part, l'allocation conventionnelle de solidarité, instituée par l'avenant du 2 décembre 1981 complétant le règlement du régime d'allocations aux travailleurs sans emploi annexé à la convention du 27 mars 1979 conclue dans le cadre du régime mentionné à l'article L. 351-2 du code du travail ; qu'aux termes de l'article 16 de ce contrat, "le niveau de ressources garanti sera revalorisé dans les mêmes conditions que le salaire de référence du régime d'assurance chômage les 1er avril et 1er octobre de chaque année" ;

Considérant qu'aux termes de l'arrêté interministériel du 20 avril 1984 : "A compter du 1er avril 1984, pour les bénéficiaires des contrats de solidarité ...conclus avant cette date, l'Etat prend en charge, sur la base des dispositions réglementaires et conventionnelles en vigueur le 31 mars 1984, la part du revenu de remplacement garanti aux intéressés, précédemment financée par le régime interprofessionnel de garantie de ressources aux travailleurs privés d'emploi" ; qu'ainsi, l'allocation spéciale du fonds national de l'emploi versée aux bénéficiaires des contrats de solidarité, qui ont cessé de percevoir l'allocation conventionnelle de solidarité à compter du 1er avril 1984, a été portée, à cette même date, à un montant égal aux ressources garanties fixées par ces contrats ; qu'aux termes de l'article 1er du décret du 25 juin 1984 : "Pour les bénéficiaires de contrats de solidarité ...dont les rémunérations qui composent le salaire de référence pris en considération pour le calcul de l'allocation spéciale versée en application de l'article R. 322-7 du code du travail sont intégralement afférentes à des périodes antérieures au 1er octobre 1983, ledit salaire de référence est revalorisé de 1,8 % à compter du 1er avril 1984" ;
Considérant qu'en se prévalant de ce que le salaire de référence du nouveau régime d'assurance chômage entré en vigueur le 1er avril 1984 a été revalorisé de 3,5 % à cette date, M. X..., salarié bénéficiaire du contrat de solidarité souscrit par les sociétés du "groupe Casino", demande que l'Etat soit condamné à lui verser une indemnité égale à la différence entre le montant des prestations qu'il aurait perçues à partir du 1er avril 1984 si un taux de revalorisation de 3,5 % avait été appliqué à cette date et le montant des allocations qui lui ont été versées à compter de ce même jour ;

Considérant, d'une part, que, si le bénéficiaire d'une stipulation contractuelle peut, même dans le cas où il n'est pas partie au contrat, mettre en cause la responsabilité contractuelle de celui des cocontractants qui s'est engagé à lui accorder un avantage, il ressort des dispositions précitées de l'article R. 322-7 du code du travail, comme d'ailleurs le rappellent les dispositions ajoutées à cet article par le décret du 29 mars 1984, que les conditions de revalorisation des allocations spéciales du fonds national de l'emploi sont déterminées par la voie réglementaire ; qu'ainsi, le requérant ne tient du contrat de solidarité conclu par son employeur aucun droit à l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de la modification de ces conditions au 1er avril 1984 ; que, par suite, il n'est fondé à soutenir ni que l'Etat aurait méconnu les obligations auxquelles il aurait été soumis en vertu du contrat de solidarité, ni que sa responsabilité contractuelle serait engagée, même en l'absence de faute, du fait de l'intervention du décret du 25 juin 1984 ;
Considérant, d'autre part, que les salariés bénéficiaires d'un contrat de solidarité ne tenaient de cet acte aucun droit acquis au maintien des conditions de revalorisation des prestations qui devaient leur être servies ; qu'ainsi, le décret du 25 juin 1984, dont l'objet était de fixer de nouvelles règles pour la revalorisation du salaire de référence servant de base à la détermination des allocations spéciales versées aux personnes antérieurement admises au bénéfice d'un contrat de solidarité, n'est pas entaché d'une rétroactivité illégale ; que, dès lors, M. X... n'est pas fondé à prétendre qu'en édictant les dispositions contenues dans ce décret, le Gouvernement aurait commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

Considérant, enfin, qu'eu égard à l'objet même de ces dispositions, le requérant ne saurait obtenir que l'Etat soit condamné, sur le fondement du principe de l'égalité devant les charges publiques, à réparer le préjudice invoqué, lequel, de surcroît, ne présente pas le caractère d'un dommage spécial ;
Considérant qu'il résulte de ce qui précède que M. X... n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, qui est suffisamment motivé, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande d'indemnité dirigée contre l'Etat ;

Article 1er : L'intervention de la société "Etablissementséconomiques du casino Guichard-Perrachon et Cie" est admise.
Article 2 : La requête de M. X... est rejetée.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. X..., à la société "Etablissements économiques du casino Guichard-Perrachon et Cie" et au ministre du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle.

Références :

Arrêté 1982-02-01
Arrêté 1984-04-20
Code du travail R322-7, R322-1, L351-2
Décret 84-219 1984-03-29
Décret 84-495 1984-06-25 art. 1


Publications :

Proposition de citation: CE, 01 mars 1991, n° 93459
Inédit au recueil Lebon
RTFTélécharger au format RTF

Composition du Tribunal :

Rapporteur ?: Boyon
Rapporteur public ?: Hubert

Origine de la décision

Date de la décision : 01/03/1991

Fonds documentaire ?: Legifrance

Legifrance
Association des cours judiciaires suprêmes francophones Organisation internationale de la francophonie

Juricaf est un projet de l'AHJUCAF, l'association des cours judiciaires suprêmes francophones,
réalisé en partenariat avec le Laboratoire Normologie Linguistique et Informatique du droit (Université Paris I).
Il est soutenu par l'Organisation internationale de la Francophonie et le Fonds francophone des inforoutes.