Facebook Twitter Appstore
Page d'accueil > Résultats de la recherche

§ France, Conseil d'État, 5 / 3 ssr, 06 avril 1998, 178445

Imprimer

Type d'affaire : Administrative

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 178445
Numéro NOR : CETATEXT000008007731 ?
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;1998-04-06;178445 ?

Analyses :

RADIODIFFUSION SONORE ET TELEVISION - SERVICES PRIVES DE RADIODIFFUSION SONORE ET DE TELEVISION.


Texte :

Vu la requête, enregistrée le 29 février 1996 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentée pour l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE, dont le siège est ..., agissant poursuites et diligences de ses représentants légaux en exercice ; l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE demande au Conseil d'Etat :
1°) d'annuler la décision du 13 février 1996 par laquelle le Conseil supérieur de l'audiovisuel a demandé à la société TF1 de souscrire un engagement supplémentaire d'un minimum de 45 millions de francs de commandes d'oeuvres audiovisuelles européennes ou d'expression originale française au titre de l'exercice 1996 ;
2°) d'annuler la décision rejetant la demande formée par l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel le 22 février 1996 tendant à ce qu'il engage la procédure de sanction prévue par la loi du 30 septembre 1986 modifiée à l'encontre de la société TF1 pour non-respect du quota de diffusion de 60 % d'oeuvres audiovisuelles européennes ;
3°) de renvoyer la société TF1 devant le Conseil supérieur de l'audiovisuel pour qu'il se prononce sur les manquements commis par cette société en 1995 et que la procédure de sanction soit engagée à raison du manquement à ses obligations en matière de diffusion d'oeuvres européennes ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la directive du 3 octobre 1989 du conseil des communautés européennes ;
Vu la loi du 30 septembre 1986 modifiée ;
Vu la loi du 10 juillet 1991 ;
Vu l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ;
Après avoir entendu en audience publique :
- le rapport de M. Lambron, Maître des Requêtes,
- les observations de la SCP Rouvière, Boutet, avocat de l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE et de la SCP Boré, Xavier, avocat de la société TF1,
- les conclusions de M. Chauvaux, Commissaire du gouvernement ;

Considérant que par un communiqué de presse n° 322, en date du 21 février 1996, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a rendu publique une décision en date du 13 février 1996, par laquelle, après avoir constaté que la société TF1 n'avait pas respecté en 1995 le quota de diffusion d'oeuvres audiovisuelles européennes qui s'imposait à elle, il a demandé à cette société de souscrire pour l'exercice 1996 un engagement supplémentaire minimal de 45 millions de francs de commandes d'oeuvres audiovisuelles européennes ou d'expression originale française, en estimant que compte tenu de cet engagement, lequel a été confirmé le 20 février par ladite société, il n'y avait pas lieu d'engager une procédure de sanction à l'égard de TF1 ; que l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE demande, d'une part, l'annulation de la décision du Conseil supérieur de l'audiovisuel refusant d'engager une procédure de sanction à l'encontre de TF1 et entérinant un engagement supplémentaire de commandes jugé insuffisant et, d'autre part, que la société TF1 soit renvoyée devant le Conseil supérieur de l'audiovisuel pour qu'il soit statué sur les manquements commis par cette société en 1995 en ce qui concerne ses obligations de diffusion d'oeuvres audiovisuelles européennes ;
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par le Conseil supérieur de l'audiovisuel et la société TF1 :

Considérant qu'aux termes de l'article 1er de la loi susvisée du 30 septembre 1986, le Conseil supérieur de l'audiovisuel "veille à la qualité et à la diversité des programmes, au développement de la production et de la création audiovisuelles nationales ainsi qu'à la défense et à l'illustration de la langue et de la culture françaises" ; qu'aux termes de l'article 42 de la même loi : "Le Conseil supérieur de l'audiovisuel peut mettre en demeure les titulaires d'autorisation pour l'exploitation d'un service de communication audiovisuelle de respecter les obligations qui leur sont imposées par les textes législatifs et réglementaires et par les principes définis à l'article premier de la présente loi. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel rend publiques ces mises en demeure. Les organisations professionnelles et syndicales, représentatives du secteur de la communication audiovisuelle, peuvent saisir le Conseil supérieurde l'audiovisuel de demandes tendant à ce qu'il engage la procédure prévue à l'alinéa premier du présent article" ; qu'aux termes de l'article 42-1 de la même loi : "Si le titulaire d'une autorisation pour l'exploitation d'un service de communication audiovisuelle ne respecte pas les obligations ci-dessus mentionnées ou ne se conforme pas aux mises en demeure qui lui ont été adressées, le Conseil supérieur de l'audiovisuel peut prononcer à son encontre, compte tenu de la gravité du manquement, une des sanctions suivantes : 1° La suspension, après mise en demeure, de l'autorisation ou d'une partie du programme pour un mois au plus ; 2° La réduction de la durée de l'autorisation dans la limite d'une année ; 3° Une sanction pécuniaire assortie éventuellement d'une suspension de l'autorisation ou d'une partie du programme, si le manquement n'est pas constitutif d'une infraction pénale ; 4° le retrait de l'autorisation" ; qu'en vertu des dispositions de l'article 42-2 de cette loi : "Le montant de la sanction pécuniaire doit être fonction de la gravité des manquements commis et en relation avec les avantages tirés du manquement par le service autorisé, sans pouvoir excéder 3 % du chiffre d'affaires hors taxes, réalisé au cours du dernier exercice clos calculé sur une période de douze mois. Ce maximum est porté à 5 % en cas de nouvelle violation de la même obligation" ;
Considérant, en premier lieu, que les dispositions susmentionnées de la loi du 30 septembre 1986 modifiée, n'ont pas pour effet d'obliger le Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui dispose d'autres moyens pour conduire les titulaires d'autorisation pour l'exploitation d'un service de communication audiovisuelle à respecter les obligations qui leur sont imposées, à engager une procédure de sanction lorsqu'il est saisi d'une telle demande ; que ces dispositions laissent au Conseil supérieur de l'audiovisuel le soin d'apprécier sous le contrôle du juge si, compte tenu des circonstances et de la nature des manquements constatés, il y a lieu pour lui de prendre une telle mesure ; que, contrairement à ce que soutient l'union requérante, la directive européenne du 3 octobre 1989 dite "Télévision sans frontière" ne l'y oblige pas davantage ; qu'il s'ensuit que c'est à tort que l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE soutient que le Conseil supérieur de l'audiovisuel était tenu d'engager une procédure de sanction comme elle le lui demandait ;

Considérant, en second lieu, que le Conseil supérieur de l'audiovisuel pouvait sans erreur de droit tenir compte, pour décider de ne pas engager une procédure de sanction à l'encontre de la société TF1 en raison du manquement commis en 1995 à ses obligations de diffusion d'oeuvres européennes, de l'engagement de cette société d'effectuer en 1996, en sus de ses obligations légales, des commandes d'oeuvres européennes et d'expression originale française d'un montant de 45 millions de francs ; que, dans ces conditions, la décision de ne pas engager la procédure de sanction n'est pas, dans les circonstances de l'espèce, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors, notamment, qu'il n'est pas contesté que la société TF1 avait respecté ses obligations de commandes supplémentaires en 1995 et que le manquement aux obligations de diffusion d'oeuvres audiovisuelles européennes, au titre de l'exercice 1995, était moins important que celui constaté au titre de l'exercice 1994 ;
Considérant que si la requérante soutient que le Conseil supérieur de l'audiovisuel aurait, par la décision attaquée, méconnu le principe d'égalité de traitement entre titulaires d'une autorisation d'exploiter un service de communication audiovisuelle, elle n'apporte pas à l'appui de cette allégation les éléments susceptibles de la faire regarder comme établie ;
Considérant qu'il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du Conseil supérieur de l'audiovisuel de ne pas engager de procédure de sanction à l'encontre de la société TF1 et qu'il soit enjoint au Conseil supérieur de l'audiovisuel d'engager une telle procédure ;
Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE à verser à la société TF1 la somme de 10 000 F qu'elle demande sur le fondement de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991 ;
Article 1er : La requête de l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE (U.S.P.A.) est rejetée.
Article 2 : L'U.S.P.A. est condamnée à payer à la société TF1 la somme de 10 000 F que celle-ci demande au titre de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à l'UNION SYNDICALE DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE, à la société TF1, au Conseil supérieur de l'audiovisuel, à la ministre de la culture et de la communication et au Premier ministre.

Références :

Loi 86-1067 1986-09-30 art. 1, art. 42, art. 42-1, art. 42-2
Loi 91-647 1991-07-10 art. 75


Publications :

Proposition de citation: CE, 06 avril 1998, n° 178445
Inédit au recueil Lebon
RTFTélécharger au format RTF

Composition du Tribunal :

Rapporteur ?: M. Lambron
Rapporteur public ?: M. Chauvaux

Origine de la décision

Formation : 5 / 3 ssr
Date de la décision : 06/04/1998

Fonds documentaire ?: Legifrance

Legifrance
Association des cours judiciaires suprêmes francophones Organisation internationale de la francophonie

Juricaf est un projet de l'AHJUCAF, l'association des cours judiciaires suprêmes francophones,
réalisé en partenariat avec le Laboratoire Normologie Linguistique et Informatique du droit (Université Paris I).
Il est soutenu par l'Organisation internationale de la Francophonie et le Fonds francophone des inforoutes.