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§ France, Conseil d'État, 5 / 3 ssr, 08 avril 1998, 184206

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Type d'affaire : Administrative

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 184206
Numéro NOR : CETATEXT000008014304 ?
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;1998-04-08;184206 ?

Analyses :

AGRICULTURE - CHASSE ET PECHE - BOIS ET FORETS.


Texte :

Vu la requête sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 10 décembre 1996 et 9 avril 1997 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentés par Mme Aurore Y..., demeurant rue Schoelcher et quai Ferdinand de Lesseps à Pointe-à-Pitre (97110) ; Mme Y... demande au Conseil d'Etat :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 25 septembre 1996 par laquelle le ministre de l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation a rejeté sa demande d'autorisation de défricher une parcelle boisée de 1 000 m , cadastrée AP 128, située sur le territoire de la commune de Saint-François (Guadeloupe) ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 F au titre de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991 ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la Constitution du 4 octobre 1958 ;
Vu le code forestier ;
Vu la loi n° 64-1278 du 23 décembre 1964, modifiée par la loi n° 91-5 du 3 janvier 1991 ;
Vu la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
Vu l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ;
Après avoir entendu en audience publique :
- le rapport de M. Lambron, Maître des Requêtes,
- les conclusions de Mme Hubac, Commissaire du gouvernement ;

Considérant que le décret du 16 novembre 1995 publié au Journal officiel de la République française du 18 novembre 1995 a donné à M. X..., ingénieur en chef du génie rural, des eaux et des forêts, chargé de la sous-direction de la forêt, délégation pour signer en cas d'empêchement de M. Z... au nom du ministre de l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation, à l'exception des décrets, tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions ; qu'ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait ;
Considérant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration se serait abstenue de procéder à l'examen individuel de la demande par laquelle Mme Y... a sollicité l'autorisation de défricher une surface de 1 000 m de la parcelle AP 128 située sur le territoire de la commune de Saint-François (Guadeloupe), lieu-dit "Tarare-Clarine", à la Pointe des Châteaux ; que le moyen tiré de ce que l'avis du préfet de la Guadeloupe ne serait pas motivé manque en fait ; que manque également en fait le moyen tiré de ce que le Conseil d'Etat n'a pas été consulté dans les conditions prévues à l'article L. 311-1 du code forestier ;
Considérant qu'aux termes de l'article L. 121-4 du code forestier, dans sa rédaction issue de la loi du 3 janvier 1991, l'office national des forêts "peut être chargé en vertu de conventions passées avec des personnes publiques ou privées de la réalisation d'opérations de gestion, d'études, d'enquêtes et de travaux en vue de la protection, de l'aménagement et du développement des ressources naturelles, notamment des ressources forestières, en France et à l'étranger. ( ...)" et qu'aux termes de l'article 7 du 31 octobre 1986 relatif à l'organisation des services extérieurs du ministère de l'agriculture dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de la Réunion : "Pour l'exercice des missions relatives à la forêt et aux bois, le directeur de l'agriculture et de la forêt fait appel aux services de l'office national des forêts dans les conditions précisées par voie de convention" ; que, si aucune convention écrite n'a été passée à cet effet entre le directeur départemental de l'agriculture et de la forêt de la Guadeloupe et l'office national des forêts, il existait entre eux un accord verbal ayant la même portée ; qu'il en résulte que le technicien assermenté de l'office national des forêts qui, en vertu de l'article R. 311-2 du code forestier, a procédé à la reconnaissance de l'état et de la situation des bois était compétent pour l'effectuer ;
Considérant que si le procès-verbal de reconnaissance indiquait que la parcelle en cause était classée en zone INA alors que le règlement du plan d'occupation des sols la classait en zone INB, cette erreur, à la supposer établie, est sans influence sur la régularité du procès-verbal ;

Considérant qu'aux termes de l'article 73 de la Constitution : "Le régime législatif et l'organisation administrative des départements d'outre-mer peuvent faire l'objet demesures d'adaptation nécessitées par leur situation particulière" ; que l'article R. 171-3 du code forestier qui figure au chapitre premier intitulé "Dispositions relatives aux départements de la Guadeloupe et de la Martinique", du titre VII du code dispose que : "Les terrains couverts de végétation ligneuse et désignés communément sous le nom de broussailles rentrent dans la catégorie des bois et forêts en ce qui concerne leur soumission au régime forestier et leur mode d'administration" ; que ces dispositions sont justifiées par les caractéristiques particulières de la végétation dans ces départements ; qu'ainsi, le moyen tiré de l'illégalité de l'article R. 171-3 doit être écarté ;
Considérant que s'il est soutenu que d'autres pétitionnaires ont obtenu des autorisations de défrichement sur des parcelles voisines de celle qui est en cause et que des constructions y ont été édifiées, une telle circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée ;
Considérant que les moyens tirés de prétendues méconnaissances du code de l'urbanisme sont, en vertu du principe de l'indépendance des législations et en tout état de cause, inopérants ;
Considérant que si l'avis du préfet évoque la procédure de classement, alors en cours, du site de la Pointe des Châteaux, il est constant que la décision attaquée du ministre de l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation en date du 25 septembre 1996 est exclusivement motivée par les dispositions de l'article L. 311-3 du code forestier ; qu'ainsi, le moyen tiré de ce que ladite décision serait entachée de détournement de pouvoir en ce qu'elle se fonderait sur la loi du 2 mai 1930 relative à la protection des monuments naturels et des sites dont la procédure n'aurait pas été respectée, ne peut qu'être écarté ; qu'en estimant que "la conservation de l'ensemble du massif forestier dont fait partie la parcelle qui a fait l'objet de la demande susvisée est nécessaire à l'équilibre biologique de la région au sens du 8° de l'article L. 311-3 du code forestier", le ministre, eu égard à la précision des conditions posées par le législateur, a donné à sa décision qui n'est entachée ni d'erreur de fait ni d'une erreur d'appréciation une motivation suffisante ;
Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que Mme Y... n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 25 septembre 1996 par laquelle le ministre de l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation a refusé de l'autoriser à défricher des bois sur la parcelle AP 128 située dans la commune de Saint-François ;
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991 :
Considérant que les dispositions de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, soit condamné à verser à Mme Y... la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ;
Article 1er : La requête de Mme Y... est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme Aurore Y... et au ministre de l'agriculture et de la pêche.

Références :

Code forestier L311-1, L121-4, R311-2, R171-3, L311-3
Loi 1930-05-02
Loi 91-5 1991-01-03
Loi 91-647 1991-07-10 art. 75


Publications :

Proposition de citation: CE, 08 avril 1998, n° 184206
Inédit au recueil Lebon
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Composition du Tribunal :

Rapporteur ?: M. Lambron
Rapporteur public ?: Mme Hubac

Origine de la décision

Formation : 5 / 3 ssr
Date de la décision : 08/04/1998

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