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§ France, Conseil d'État, 1 / 2 ssr, 09 octobre 2002, 233596

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Sens de l'arrêt : Annulation partielle
Type d'affaire : Administrative
Type de recours : Recours pour excès de pouvoir

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 233596
Numéro NOR : CETATEXT000008108924 ?
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;2002-10-09;233596 ?

Analyses :

ARMEES - PERSONNELS DES ARMEES - PERSONNELS CIVILS DES ARMEES - Ouvriers de l'Etat et fonctionnaires détachés employés par la société G - I - A - T - industries - Personnels liés à elle par un contrat de travail - Existence - Conséquence - Possibilité pour ces personnels de bénéficier du régime du chômage partiel prévu à l'article L - 351-25 du code du travail.

08-01-03, 43-01-04, 66-10-02 La loi du 23 décembre 1989 a autorisé le transfert à une société nationale des établissements industriels dépendant du Groupement industriel des armements terrestres (GIAT) et prévu, à son article 3, que la nouvelle société devait présenter une proposition de contrat de travail à chacun des membres du personnel antérieurement affecté à ces établissements. L'article 4 de la loi prévoit que les fonctionnaires qui ont accepté la proposition de contrat peuvent être détachés auprès de la société, société nationale de droit privé. Ces fonctionnaires sont donc soumis, en application de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, aux règles régissant la fonction qu'ils exercent par l'effet de leur détachement. Ils sont ainsi liés à la cette société par un contrat de travail de droit privé et régis par le code du travail, à la seule exception de certaines dispositions de ce code relatives aux contrats de travail à durée déterminée et aux indemnités de licenciement. Par ailleurs, la loi du 23 décembre 1989 a prévu, au b de son article 6, que les ouvriers d'Etat employés par les établissements du GIAT pouvaient être recrutés par la nouvelle société nationale et placés sous un régime défini, d'une part, par un décret en Conseil d'Etat leur assurant le maintien de certains avantages liés à leur ancien statut, d'autre part, par le code du travail, pour les autres éléments de leur situation. Aucune des dispositions des décrets pris en application de l'article 6 de la loi du 23 décembre 1989 ne traitant du chômage partiel, les anciens ouvriers d'Etat, salariés de droit privé de la société, sont par suite régis, en cette matière, par le code du travail. Les fonctionnaires détachés et les anciens ouvriers d'Etat employés par la société G.I.A.T. industries sont donc liés à elle par un contrat de travail et remplissent, dès lors, la condition nécessaire pour bénéficier du régime du chômage partiel prévu à l'article L. 351-25 du code du travail.

NATIONALISATIONS ET ENTREPRISES NATIONALISEES - ENTREPRISES NATIONALISEES - PERSONNEL - Personnel de la société nationale G - I - A - T - industries - Ouvriers de l'Etat et fonctionnaires détachés - Personnels liés à elle par un contrat de travail - Existence - Conséquence - Possibilité pour ces personnels de bénéficier du régime du chômage partiel prévu à l'article L - 351-25 du code du travail.

TRAVAIL ET EMPLOI - POLITIQUES DE L'EMPLOI - INDEMNISATION DES TRAVAILLEURS PRIVES D'EMPLOI - Personnels remplissant les conditions nécessaires pour bénéficier du régime du chômage partiel prévu à l'article L - 351-25 du code du travail - Existence - Ouvriers de l'Etat et fonctionnaires détachés employés par la société nationale G - I - A - T - industries.


Texte :

Vu la requête, enregistrée le 11 mai 2001 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée par la SOCIETE GIAT INDUSTRIES, dont le siège est ..., représentée par son président-directeur général en exercice ; la SOCIETE GIAT INDUSTRIES demande au Conseil d'Etat :
1°) d'annuler la circulaire du ministre de l'emploi et de la solidarité du 15 mars 2001 relative à la mise en oeuvre du chômage partiel dans la SOCIETE GIAT INDUSTRIES en tant qu'elle exclut les fonctionnaires détachés et les ouvriers dits " sous décret " employés par cette société du bénéfice de l'allocation de chômage partiel ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 F (7 622,45 euros) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code du travail ;
Vu la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
Vu la loi n° 89-924 du 23 décembre 1989 ;
Vu les décrets n° 90-582 du 9 juillet 1990, n° 95-727 du 9 mai 1995 et n° 97-147 du 17 février 1997 ;
Vu le code de justice administrative ;
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de Mlle Landais, Auditeur,
- les conclusions de M. Stahl, Commissaire du gouvernement ;

Considérant que l'interprétation que l'autorité administrative donne au moyen de dispositions impératives à caractère général des lois et règlements qu'elle a pour mission de mettre en .uvre, n'est susceptible d'être directement déférée au juge de l'excès de pouvoir que si et dans la mesure où cette interprétation méconnaît le sens et la portée des prescriptions législatives ou réglementaires qu'elle se propose d'expliciter ou contrevient aux exigences inhérentes à la hiérarchie des normes juridiques ;
Considérant qu'aux termes de l'article L. 351-25 du code du travail : " Les salariés qui, tout en restant liés à leur employeur par un contrat de travail, subissent une perte de salaire imputable soit à la fermeture temporaire de l'établissement qui les emploie, soit à la réduction de l'horaire de travail habituellement pratiqué dans l'établissement en deçà de la durée légale, bénéficient, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, d'une allocation spécifique qui est à la charge de l'Etat " ; que la loi du 23 décembre 1989 a autorisé le transfert à une société nationale des établissements industriels dépendant du Groupement industriel des armements terrestres (GIAT) et prévu, à son article 3, que la nouvelle société devait présenter une proposition de contrat de travail à chacun des membres du personnel antérieurement affecté à ces établissements ; que l'article 4 de la loi prévoit que les fonctionnaires qui ont accepté la proposition de contrat peuvent être détachés auprès de la société ;
Considérant, d'une part, que les fonctionnaires ayant accepté le contrat de travail prévu par ces dispositions législatives ont été, conformément à l'article 4 de la loi précitée du 23 décembre 1989, détachés au sein de la SOCIETE GIAT INDUSTRIES, société nationale de droit privé ; qu'ils sont donc soumis, en application de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, aux règles régissant la fonction qu'ils exercent par l'effet de leur détachement ; qu'ainsi, ils sont liés à la société requérante par un contrat de travail de droit privé et sont régis par le code du travail, à la seule exception de certaines dispositions de ce code relatives aux contrats de travail à durée déterminée et aux indemnités de licenciement ;
Considérant, d'autre part, que la loi du 23 décembre 1989 a prévu, au b de son article 6, que les ouvriers d'Etat employés par les établissements du GIAT pouvaient être recrutés par la nouvelle société nationale et placés sous un régime défini, d'une part, par un décret en Conseil d'Etat leur assurant le maintien de certains avantages liés à leur ancien statut, d'autre part, par le code du travail, pour les autres éléments de leur situation ; qu'aucune des dispositions des décrets des 9 juillet 1990, 9 mai 1995 et 17 février 1997, pris en application de l'article 6 de la loi du 23 décembre 1989, ne traite du chômage partiel ; que, par suite, en cette matière, les anciens ouvriers d'Etat, salariés de droit privé de la société requérante, sont régis par le code du travail ;

Considérant qu'il résulte de ce qui précède que les fonctionnaires détachés et les anciens ouvriers d'Etat employés par la SOCIETE GIAT INDUSTRIES sont liés à elle par un contrat de travail ; que, dès lors, ils remplissent la condition nécessaire pour bénéficier du régime du chômage partiel prévu à l'article L. 351-25 du code du travail ; que la circonstance qu'ils n'entreraient pas dans le champ d'application de tout ou partie des dispositions du code du travail relatives au licenciement pour motif économique est sans incidence ; que, par suite, le ministre de l'emploi et de la solidarité a méconnu le sens et la portée des dispositions précitées du code du travail en prescrivant aux préfets concernés, dans la circulaire attaquée du 15 mars 2001, de veiller à ce que les fonctionnaires détachés et les anciens ouvriers d'Etat soient exclus du bénéfice du régime de chômage partiel ; que, dès lors, la SOCIETE GIAT INDUSTRIES est recevable et fondée à demander l'annulation dans cette mesure de la circulaire attaquée ;
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à la SOCIETE GIAT INDUSTRIES une somme de 3 000 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ;
Article 1er : La circulaire du ministre de l'emploi et de la solidarité du 15 mars 2001 est annulée en tant qu'elle exclut du régime du chômage partiel au sein de certains établissements de la SOCIETE GIAT INDUSTRIES les fonctionnaires détachés et les ouvriers visés au b de l'article 6 de la loi du 23 décembre 1989.
Article 2 : L'Etat versera à la SOCIETE GIAT INDUSTRIES la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SOCIETE GIAT INDUSTRIES et au ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité.

Références :

Circulaire 2001-03-15 décision attaquée annulation partielle
Code de justice administrative L761-1
Code du travail L351-25
Décret 90-582 1990-07-09
Décret 95-727 1995-05-09
Décret 97-147 1997-02-17
Loi 84-16 1984-01-11 art. 45
Loi 89-924 1989-12-23 art. 3, art. 4, art. 6


Publications :

Proposition de citation: CE, 09 octobre 2002, n° 233596
Mentionné aux tables du recueil Lebon
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Composition du Tribunal :

Président : M. Stirn
Rapporteur ?: Mlle Landais
Rapporteur public ?: M. Stahl

Origine de la décision

Formation : 1 / 2 ssr
Date de la décision : 09/10/2002

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