Facebook Twitter Appstore
Page d'accueil > Résultats de la recherche

§ France, Conseil d'État, 4ème et 5ème sous-sections réunies, 25 avril 2007, 296665

Imprimer

Type d'affaire : Administrative
Type de recours : Plein contentieux

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 296665
Numéro NOR : CETATEXT000018006123 ?
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;2007-04-25;296665 ?

Analyses :

ACTES LÉGISLATIFS ET ADMINISTRATIFS - VALIDATION LÉGISLATIVE - MÉCONNAISSANCE DES RÈGLES DE DROIT SUPÉRIEUR - MÉCONNAISSANCE DE L'ART - 1ER DU PREMIER PROTOCOLE ADDITIONNEL À LA CONVENTION EUROPÉENNE DE SAUVEGARDE DES DROITS DE L'HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES PAR L'ART - 127 DE LA LOI DU 30 DÉCEMBRE 2005 DE FINANCES RECTIFICATIVE POUR 2005 - EN TANT QUE SES DISPOSITIONS ONT POUR EFFET DE PRIVER RÉTROACTIVEMENT LES AGENTS QU'ELLES VISENT DU BÉNÉFICE DE L'INDEMNITÉ DE RÉSIDENCE INTÉGRÉE AU TRAITEMENT [RJ1].

Les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne font en principe pas obstacle à ce que le législateur adopte de nouvelles dispositions remettant en cause, fût-ce de manière rétroactive, des droits découlant de lois en vigueur. Il ne peut toutefois le faire qu'à la condition de ménager un juste équilibre entre l'atteinte portée à ces droits et les motifs d'intérêt général susceptibles de justifier cette atteinte. Pour l'application des dispositions relatives à l'indemnité de résidence et à l'intégration d'une partie de celle-ci dans le traitement, l'article 127 de la loi n° 2005-1720 de finances rectificative pour 2005 répute avoir été rétribués depuis leur engagement sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie les agents non titulaires du laboratoire central des ponts et chaussées et des centres d'études techniques de l'équipement, afin de remettre en cause le droit à l'indemnité de résidence intégrée au traitement que ces agents tenaient de la jurisprudence du Conseil d'Etat, statuant au contentieux. Pour justifier cette mesure, le gouvernement soutient, d'une part, qu'elle permet d'assurer un traitement équitable au plan de la rémunération entre agents titulaires et non titulaires, d'autre part, que l'application à l'ensemble des agents concernés des règles antérieures occasionnerait un coût budgétaire d'environ 32 000 euros par agent. Ces justifications ne sont toutefois pas de nature à faire regarder comme reposant sur des motifs suffisant d'intérêt général les dispositions rétroactives en cause, lesquelles portent ainsi aux créances des agents qui avaient présenté une demande tendant au bénéfice de l'indemnité de résidence intégrée au traitement avant la publication de la loi une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis et méconnaissent dès lors les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

DROITS CIVILS ET INDIVIDUELS - CONVENTION EUROPÉENNE DES DROITS DE L'HOMME - DROITS GARANTIS PAR LES PROTOCOLES - DROIT AU RESPECT DE SES BIENS (ART - 1ER DU PREMIER PROTOCOLE ADDITIONNEL) - MÉCONNAISSANCE - A) EXISTENCE - ART - 127 DE LA LOI DU 30 DÉCEMBRE 2005 DE FINANCES RECTIFICATIVE POUR 2005 - EN TANT QUE SES DISPOSITIONS ONT POUR EFFET DE PRIVER RÉTROACTIVEMENT LES AGENTS QU'ELLES VISENT DU BÉNÉFICE DE L'INDEMNITÉ DE RÉSIDENCE INTÉGRÉE AU TRAITEMENT - B) ABSENCE - MÊMES DISPOSITIONS - EN TANT QU'ELLES ONT - POUR L'AVENIR - UN EFFET IDENTIQUE [RJ1].

a) Les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne font en principe pas obstacle à ce que le législateur adopte de nouvelles dispositions remettant en cause, fût-ce de manière rétroactive, des droits découlant de lois en vigueur. Il ne peut toutefois le faire qu'à la condition de ménager un juste équilibre entre l'atteinte portée à ces droits et les motifs d'intérêt général susceptibles de justifier cette atteinte. Pour l'application des dispositions relatives à l'indemnité de résidence et à l'intégration d'une partie de celle-ci dans le traitement, l'article 127 de la loi n° 2005-1720 de finances rectificative pour 2005 répute avoir été rétribués depuis leur engagement sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie les agents non titulaires du laboratoire central des ponts et chaussées et des centres d'études techniques de l'équipement, afin de remettre en cause le droit à l'indemnité de résidence intégrée au traitement que ces agents tenaient de la jurisprudence du Conseil d'Etat, statuant au contentieux. Pour justifier cette mesure, le gouvernement soutient, d'une part, qu'elle permet d'assurer un traitement équitable au plan de la rémunération entre agents titulaires et non titulaires, d'autre part, que l'application à l'ensemble des agents concernés des règles antérieures occasionnerait un coût budgétaire d'environ 32 000 euros par agent. Ces justifications ne sont toutefois pas de nature à faire regarder comme reposant sur des motifs suffisant d'intérêt général les dispositions rétroactives en cause, lesquelles portent ainsi aux créances des agents qui avaient présenté une demande tendant au bénéfice de l'indemnité de résidence intégrée au traitement avant la publication de la loi une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis et méconnaissent dès lors les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.,,b) En revanche, le législateur pouvait, sans méconnaître ces dernières stipulations, prévoir, pour l'avenir, que les agents concernés cesseraient d'être éligibles au bénéfice de l'indemnité de résidence intégrée au traitement.

FONCTIONNAIRES ET AGENTS PUBLICS - RÉMUNÉRATION - INDEMNITÉS ET AVANTAGES DIVERS - INDEMNITÉ DE RÉSIDENCE - INDEMNITÉ DUE - AVANT L'INTERVENTION D'UN DÉCRET DU 30 OCTOBRE 1987 - AUX AGENTS CONTRACTUELS DE L'ETAT - À L'EXCEPTION DE CEUX RÉMUNÉRÉS SUR LA BASE DES SALAIRES PRATIQUÉS DANS LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE - ART - 127 DE LA LOI DU 30 DÉCEMBRE 2005 DE FINANCES RECTIFICATIVE POUR 2005 RÉPUTANT AVOIR ÉTÉ RÉTRIBUÉS DEPUIS LEUR ENGAGEMENT SUR LA BASE DES SALAIRES PRATIQUÉS DANS LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE LES AGENTS NON TITULAIRES DU LABORATOIRE CENTRAL DES PONTS ET CHAUSSÉES ET DES CENTRES D'ÉTUDES TECHNIQUES DE L'ÉQUIPEMENT - MÉCONNAISSANCE DE L'ART - 1ER DU PREMIER PROTOCOLE ADDITIONNEL À LA CONVENTION EUROPÉENNE DE SAUVEGARDE DES DROITS DE L'HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES - A) EXISTENCE - EN TANT QUE CES DISPOSITIONS LÉGISLATIVES ONT POUR EFFET DE PRIVER RÉTROACTIVEMENT LES AGENTS QU'ELLES VISENT DU BÉNÉFICE DE L'INDEMNITÉ DE RÉSIDENCE INTÉGRÉE AU TRAITEMENT - B) ABSENCE - EN TANT QU'ELLES ONT - POUR L'AVENIR - UN EFFET IDENTIQUE [RJ1].

a) Les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne font en principe pas obstacle à ce que le législateur adopte de nouvelles dispositions remettant en cause, fût-ce de manière rétroactive, des droits découlant de lois en vigueur. Il ne peut toutefois le faire qu'à la condition de ménager un juste équilibre entre l'atteinte portée à ces droits et les motifs d'intérêt général susceptibles de justifier cette atteinte. Pour l'application des dispositions relatives à l'indemnité de résidence et à l'intégration d'une partie de celle-ci dans le traitement, l'article 127 de la loi n° 2005-1720 de finances rectificative pour 2005 répute avoir été rétribués depuis leur engagement sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie les agents non titulaires du laboratoire central des ponts et chaussées et des centres d'études techniques de l'équipement, afin de remettre en cause le droit à l'indemnité de résidence intégrée au traitement que ces agents tenaient de la jurisprudence du Conseil d'Etat, statuant au contentieux. Pour justifier cette mesure, le gouvernement soutient, d'une part, qu'elle permet d'assurer un traitement équitable au plan de la rémunération entre agents titulaires et non titulaires, d'autre part, que l'application à l'ensemble des agents concernés des règles antérieures occasionnerait un coût budgétaire d'environ 32 000 euros par agent. Ces justifications ne sont toutefois pas de nature à faire regarder comme reposant sur des motifs suffisant d'intérêt général les dispositions rétroactives en cause, lesquelles portent ainsi aux créances des agents qui avaient présenté une demande tendant au bénéfice de l'indemnité de résidence intégrée au traitement avant la publication de la loi une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis et méconnaissent dès lors les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.,,b) En revanche, le législateur pouvait, sans méconnaître ces dernières stipulations, prévoir, pour l'avenir, que les agents concernés cesseraient d'être éligibles au bénéfice de l'indemnité de résidence intégrée au traitement.


Texte :

Vu le recours, enregistré le 22 août 2006 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présenté par le MINISTRE DES TRANSPORTS, DE L'EQUIPEMENT, DU TOURISME ET DE LA MER ; le MINISTRE DES TRANSPORTS, DE L'EQUIPEMENT, DU TOURISME ET DE LA MER demande au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler l'ordonnance du 27 juin 2006 par laquelle le vice-président de la 5ème chambre du tribunal administratif de Paris a, d'une part, condamné l'Etat à verser à M. A la somme correspondant aux indemnités de résidence qui lui sont dues du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2005 dans les conditions précisées par cette ordonnance, assortie des intérêts au taux légal à la date de réception par l'administration de la réclamation préalable, d'autre part, enjoint au même ministre de régulariser la rémunération de M. A pour tenir compte de l'intégration à son traitement de l'indemnité de résidence ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Paris ;



Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;

Vu la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 modifiée ;

Vu la loi n° 2005-1720 de finances rectificative pour 2005, notamment son article 127 ;

Vu le décret n° 70-393 du 12 mai 1970 modifié ;

Vu le décret n° 73-966 du 16 octobre 1973 modifié ;

Vu le décret n° 74-652 du 19 juillet 1974 modifié ;

Vu le décret n° 82-1115 du 23 décembre 1982 modifié ;

Vu le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 modifié ;

Vu la décision du ministre de l'aménagement du territoire, de l'équipement, du logement et du tourisme du 14 mai 1973 portant règlement des personnels non titulaires du laboratoire central des ponts et chaussées et des centres d'études techniques de l'équipement ;

Vu le code de justice administrative ;



Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Hervé Cassagnabère, Auditeur,

- les observations de la SCP Masse-Dessen, Thouvenin, avocat de M. A,

- les conclusions de M. Rémi Keller, Commissaire du gouvernement ;


Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens du recours :

Considérant que l'indemnité de résidence, régie successivement par les décrets des 12 mai 1970, 16 octobre 1973, 19 juillet 1974, 24 octobre 1985 et 30 octobre 1987, a été progressivement intégrée dans le traitement des personnels civils et militaires de l'Etat, dont la rémunération a été corrélativement majorée ; que, jusqu'à l'intervention du décret du 30 octobre 1987, l'indemnité de résidence était due aux agents contractuels de l'Etat, à l'exception de ceux rémunérés sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie ;

Considérant que, par une décision du 24 juin 2005, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux a jugé que les agents contractuels ingénieurs et diplômés de l'enseignement supérieur du service d'études techniques des routes et autoroutes (SETRA) bénéficiaient d'un barème de rémunération qui était constamment mis à jour en fonction des variations des rémunérations de la fonction publique ; qu'il en a déduit que ces agents, alors même que leur rémunération était à l'origine fixée en référence à une convention collective, n'étaient pas au nombre des personnels rétribués sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie et avaient, par suite, droit à l'intégration au traitement de l'indemnité de résidence ;

Considérant que, par l'ordonnance attaquée du 27 juin 2006, le vice-président de la 5ème section du tribunal administratif de Paris - faisant application du 6° de l'article R. 122 ;1 du code de justice administrative qui lui permet de statuer par ordonnance sur les requêtes relevant d'une série présentant à juger des questions identiques à celles déjà tranchées par le Conseil d'Etat par une décision passée en force de chose jugée - a fait droit à la demande de M. A, agent contractuel du laboratoire central des ponts ;et ;chaussées, tendant au bénéfice de l'indemnité de résidence intégrée au traitement, en se fondant sur la circonstance que cette demande présentait à juger des questions identiques à celles déjà tranchées par la décision susmentionnée du Conseil d'Etat du 24 juin 2005 ;

Considérant toutefois que l'article 127 de la loi du 30 décembre 2005 de finances rectificative pour 2005 a prévu que les agents non titulaires du laboratoire central des ponts ;et ;chaussées et des centres d'études techniques de l'équipement - dont la situation au regard de l'indemnité de résidence est identique à celle des agents du SETRA - sont sous réserve des décisions de justice passées en force de chose jugée et des instances en cours à la date du 7 décembre 2005, réputés avoir été rétribués depuis leur engagement sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie pour l'application des dispositions relatives à l'indemnité de résidence et l'intégration d'une partie de celle ;ci dans le traitement. ; que dès lors, compte tenu de l'intervention de ces dispositions législatives, le juge du fond ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, estimer que la demande de M. A présentait à juger en droit des questions identiques à celle tranchée par le Conseil d'Etat dans sa décision du 24 juin 2005 ; que son ordonnance doit, par suite, être annulée ;

Considérant que, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 821 ;2 du code de justice administrative et de régler l'affaire au fond ;

Considérant que M. A, agent contractuel du laboratoire central des ponts-et-chaussées, demande que l'Etat soit condamné à lui verser, d'une part, les rappels de rémunération correspondant à la revalorisation de son traitement pour tenir compte des mesures d'intégration mentionnées ci-dessus, d'autre part, l'indemnité de résidence à laquelle il estime avoir droit depuis son recrutement ;

Sur l'application de l'article 127 de la loi du 30 décembre 2005 de finances rectificative pour 2005 :

Considérant que les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne font en principe pas obstacle à ce que le législateur adopte de nouvelles dispositions remettant en cause, fût-ce de manière rétroactive, des droits découlant de lois en vigueur ; qu'il ne peut toutefois le faire qu'à la condition de ménager un juste équilibre entre l'atteinte portée à ces droits et les motifs d'intérêt général susceptibles de justifier cette atteinte ;

Considérant qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, les dispositions de l'article 127 de la loi de finances rectificative pour 2005 ont pour objet de remettre en cause le droit à l'indemnité de résidence intégrée au traitement que les agents intéressés tenaient de la jurisprudence issue de la décision du 24 juin 2005 du Conseil d'Etat, statuant au contentieux ; que, pour justifier cette mesure, le gouvernement soutient, d'une part, qu'elle permet d'assurer un traitement équitable au plan de la rémunération entre agents titulaires et non-titulaires, d'autre part, que l'application à l'ensemble des agents concernés des règles antérieures occasionnerait un coût budgétaire d'environ 32 000 euros par agent ; qu'il ne résulte toutefois pas de l'instruction que ces justifications soient de nature à faire reposer les dispositions rétroactives précitées sur des motifs suffisants d'intérêt général ; que, par suite, les dispositions de l'article 127 de la loi de finances rectificative pour 2005 portent aux créances des agents qui avaient présenté une demande tendant au bénéfice de l'indemnité de résidence intégrée avant la publication de la loi, une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis et, dès lors, méconnaissent les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qu'ainsi, l'application de la loi de finances rectificative pour 2005 doit être écartée en ce qui concerne les rémunérations dues aux agents intéressés jusqu'au 31 décembre 2005 ; qu'en revanche, le législateur pouvait, sans méconnaître les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prévoir pour l'avenir qu'à compter du 1er janvier 2006, date d'entrée en vigueur de la loi de finances rectificative pour 2005, les agents intéressés devaient être regardés comme exclus du bénéfice de l'intégration au traitement de l'indemnité de résidence ;

Sur la prescription quadriennale :

Considérant qu'aux termes de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 : Sont prescrites, au profit de l'Etat, … sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ; qu'aux termes de l'article 3 de la même loi : La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance (…) ;

Considérant qu'en raison de la dispense d'instruction contradictoire à laquelle le juge du fond a recouru, le ministre de l'équipement, du logement, du tourisme et de la mer n'a pu opposer l'exception de prescription quadriennale en première instance ; qu'ainsi, le ministre est recevable à opposer cette prescription pour la première fois devant le Conseil d'Etat ; que la fin de non recevoir opposée par M. doit par suite être écartée ;

Considérant que le fait générateur des créances dont se prévaut M. B est constitué par le service fait par lui ; que si sa réclamation en date du 21 juillet 2005 a eu pour effet d'interrompre le cours de la prescription quadriennale s'agissant des créances afférentes aux années 2001 et suivantes, les créances afférentes aux années antérieures étaient, en revanche, déjà prescrites à la date de présentation de sa réclamation ; que, par suite, l'exception de prescription quadriennale en ce qui concerne ces dernières créances doit être accueillie ; que, dès lors, les conclusions de M. B tendant à obtenir l'indemnité de résidence et son intégration au traitement, au titre de la période allant de la date de son recrutement au 31 décembre 2000, doivent être rejetées ;

Sur les conclusions de M. A tendant à l'intégration à son traitement de l'indemnité de résidence :

Considérant que, jusqu'à l'intervention du décret du 30 octobre 1987, l'indemnité de résidence était due aux agents contractuels de l'Etat, à l'exception de ceux rémunérés sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie ; qu'il résulte de l'instruction que les agents contractuels du laboratoire central des ponts-et-chaussées bénéficient d'un barème de rémunération qui est constamment mis à jour en fonction des variations des rémunérations de la fonction publique ; qu'ainsi, ces agents, alors même que leur rémunération a été, à l'origine, fixée en référence aux salaires prévus par la convention collective de l'industrie chimique de la région parisienne, ne sont pas au nombre des personnels rétribués sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie ;

Considérant qu'il suit de là que M. B avait droit, pour la période antérieure à l'entrée en vigueur du décret du 30 juillet 1987, au bénéfice de l'indemnité de résidence ; que, si la règle de prescription fait obstacle à ce que l'intéressé bénéficie, antérieurement au 1er janvier 2001, de l'indemnité de résidence et des majorations de traitements correspondantes, elle ne s'oppose toutefois pas à ce que le montant de son traitement indiciaire soit déterminé en tenant compte des conséquences de l'intégration de l'indemnité de résidence aux rémunérations opérée par les décrets mentionnés ci-dessus ;

Considérant qu'il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. B la différence entre les rémunérations qu'il a perçues entre janvier 2001 et décembre 2005 et celles qui auraient résulté, pour la même période, de l'intégration de l'indemnité de résidence à ses rémunérations opérée par les décrets mentionnés ci-dessus ;

Considérant que les éléments nécessaires à la liquidation de la somme due à M. ne figurant pas au dossier, il y a lieu de renvoyer le demandeur devant l'administration aux fins de liquidation de cette créance ;

Sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'indemnité de résidence :

Considérant que, pour bénéficier de l'indemnité de résidence, le décret du 30 juillet 1987 a prévu, outre la condition de ne pas être rémunéré sur la base des salaires pratiqués dans le commerce et l'industrie, celle tirée de la nécessité pour les agents concernés d'occuper un emploi auquel est directement attaché un indice brut, net, nouveau ou majoré de la fonction publique ; qu'il ne résulte pas de l'instruction que la rémunération de M. B soit directement attachée à tel indice de la fonction publique ; qu'il suit de là que ce dernier était, à compter de l'entrée en vigueur du décret du 30 juillet 1987, exclu du bénéfice de l'indemnité de résidence ;

Considérant qu'il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui payer, pour la période non prescrite, la somme correspondant aux montants mensuels de l'indemnité de résidence ;

Sur les intérêts :

Considérant que M. B a droit aux intérêts sur les sommes qui lui sont attribuées par la présente décision, à compter du 21 juillet 2005, date de réception par l'administration de sa demande préalable ;

Sur la capitalisation des intérêts :

Considérant que M. B a demandé la capitalisation des intérêts dès l'enregistrement de sa demande au greffe du tribunal administratif de Paris, le 3 janvier 2006 ; que la capitalisation des intérêts, si elle peut être demandée à tout moment devant le juge, ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus pour une année entière ; que la capitalisation s'accomplit ensuite de nouveau à chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande ; qu'il y a lieu, dès lors, de faire droit à la demande de capitalisation de M. B à compter du 21 juillet 2006 ;

Sur les conclusions à fin d'injonction :

Considérant que M. B demande qu'il soit enjoint au ministre de l'équipement de régulariser sa situation envers l'institution de retraite complémentaire des agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques (Ircantec), eu égard aux rappels de rémunération qui lui sont dus ; que la présente décision implique nécessairement, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le ministre procède à une telle régularisation ; que, par suite, il y a lieu pour le Conseil d'Etat d'enjoindre au ministre de procéder à cette régularisation ;

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ;


D E C I D E :
--------------

Article 1er : L'ordonnance du 27 juin 2006 du vice-président de la 5ème chambre du tribunal administratif de Paris est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B les sommes définies dans les motifs de la présente décision. Ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter du 21 juillet 2005. Les intérêts échus à la date du 21 juillet 2006 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Il est fait injonction au MINISTRE DES TRANSPORTS, DE L'EQUIPEMENT, DU TOURISME ET DE LA MER, de procéder, en fonction des compléments de rémunérations dus à M. B, à la régularisation de sa situation auprès de l'Ircantec.
Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la demande de M. B devant le tribunal administratif de Paris est rejeté.
Article 6 : La présente décision sera notifiée au MINISTRE DES TRANSPORTS, DE L'EQUIPEMENT, DU TOURISME ET DE LA MER, à M. Patrick , au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et au ministre de la fonction publique.


Publications :

Proposition de citation: CE, 25 avril 2007, n° 296665
Publié au recueil Lebon
RTFTélécharger au format RTF

Composition du Tribunal :

Président : M. Stirn
Rapporteur ?: M. Hervé Cassagnabère
Rapporteur public ?: M. Keller
Avocat(s) : SCP MASSE-DESSEN, THOUVENIN

Origine de la décision

Formation : 4ème et 5ème sous-sections réunies
Date de la décision : 25/04/2007

Fonds documentaire ?: Legifrance

Legifrance
Association des cours judiciaires suprêmes francophones Organisation internationale de la francophonie

Juricaf est un projet de l'AHJUCAF, l'association des cours judiciaires suprêmes francophones,
réalisé en partenariat avec le Laboratoire Normologie Linguistique et Informatique du droit (Université Paris I).
Il est soutenu par l'Organisation internationale de la Francophonie et le Fonds francophone des inforoutes.