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§ France, Cour administrative d'appel de Bordeaux, 4ème chambre (formation à 3), 29 décembre 2011, 10BX01673

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Type d'affaire : Administrative
Type de recours : Contentieux fiscal

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 10BX01673
Numéro NOR : CETATEXT000025161472 ?
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;cour.administrative.appel.bordeaux;arret;2011-12-29;10bx01673 ?

Analyses :

Contributions et taxes - Taxes sur le chiffre d'affaires et assimilées - Taxe sur la valeur ajoutée - Liquidation de la taxe - Déductions - Remboursements de TVA.


Texte :

Vu la requête, enregistrée le 8 juillet 2010, présentée pour la SNC LAURISTON INVEST 79, société à nom collectif dont le siège est immeuble Agora, bâtiment C, ZAC Etang Z Abricot à Fort de France (97200), représentée par son gérant en exercice, par Me Bancel et Me Le Quintrec ; la SNC LAURISTON INVEST 79 demande à la cour :

1°) d'annuler l'ordonnance n° 0800662 en date du 11 mai 2010, par laquelle le président du tribunal administratif de Fort-de-France a rejeté sa demande tendant au remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée non perçue récupérable figurant sur la facture qui lui a été délivrée à raison de l'acquisition d'un véhicule automobile destiné à la location ;

2°) de lui accorder le remboursement de la taxe en litige ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

..........................................................................................................

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

Vu le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 1er décembre 2011 :

- le rapport de M. Braud, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Normand, rapporteur public ;

Considérant que la SNC LAURISTON INVEST 79, qui a son siège en Martinique, a fait l'acquisition le 26 décembre 2007 d'un véhicule pour les besoins de son activité de location soumise à la taxe sur la valeur ajoutée ; qu'elle a sollicité par la voie d'une demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée, la récupération de la taxe non perçue récupérable figurant comme telle sur sa facture d'achat ; que le régime dit de récupération de la taxe sur la valeur ajoutée non perçue récupérable permettait, en vertu d'une décision ministérielle du 2 novembre 1953, relayée par des instructions et documentations administratives de la série 3 G-1 en vigueur avant l'intervention de la loi n° 2009-594 du 27 mai 2009 inapplicable en l' espèce, aux assujettis exerçant leur activité dans les départements de la Guadeloupe, de la Martinique et de La Réunion, de récupérer la taxe sur la valeur ajoutée qui aurait été acquittée lors de l'importation ou de l'achat de biens si ces opérations n'avaient pas été exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée dans ces départements en vertu du 5° du 1 de l'article 295 du code général des impôts ; que le bénéfice d'un tel régime doctrinal était subordonné au respect non seulement des conditions qu'il posait mais aussi des règles générales de déduction autres que celles dont il permettait au contribuable de s'affranchir ;

Considérant que le remboursement sollicité lui a été refusé, par une décision du 11 août 2008, au motif que les caractéristiques du véhicule acheté ne permettaient pas de bénéficier de l'exonération prévue à l'article 295 du code général des impôts et, par suite, son acquisition ne donnait pas droit au remboursement de la taxe non perçue mais récupérable dans les conditions définies par la décision ministérielle du 2 novembre 1953 ; que la SNC LAURISTON INVEST 79 relève appel de l'ordonnance du 11 mai 2010 par laquelle le président du tribunal administratif de Fort-de-France a rejeté sa demande tendant à ce que ce remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée lui soit accordé ;

Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :

Considérant qu'aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, le vice-président du Tribunal administratif de Paris et les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : (...) 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé (...) ;

Considérant que, pour contester devant le tribunal administratif de Fort-de-France le refus de remboursement qui lui a été opposé, la société requérante s'est fondée notamment sur la circonstance que sa situation ne relevait pas de l'exonération prévue par l'article 295 du code général des impôts mais des dispositions afférentes au régime de droit commun de déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ; que ce moyen relatif à la base légale du refus de remboursement opposé n'était pas inopérant ; qu'ainsi, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen concernant la régularité de l'ordonnance attaquée, en considérant que ce moyen était inopérant et en rejetant sa demande sur le fondement de l'article R. 222-1-7° du code de justice administrative, le président du tribunal administratif de Fort-de-France a entaché son ordonnance d'irrégularité ; que, par suite, la SNC LAURISTON INVEST 79 est fondée à en demander l'annulation ;

Considérant qu'il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par la SNC LAURISTON INVEST 79 devant le tribunal administratif de Fort-de-France et ses conclusions présentées devant la cour ;

Sur le terrain de la loi fiscale :

Considérant qu'aux termes de l'article 271 du code général des impôts : La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération (...) ; qu'aux termes de l'article 237 de l'annexe II audit code, applicable en l'espèce : Les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes, qui constituent une immobilisation ou, dans le cas contraire, lorsqu'ils ne sont pas destinés à être revendus à l'état neuf, n'ouvrent pas droit à déduction (...) ; qu'aux termes de l'article 242 de la même annexe, alors en vigueur : Les exclusions prévues aux articles 236 et 237 ne sont pas applicables aux biens donnés en location sous réserve que la location soit soumise à la taxe sur la valeur ajoutée. (...) ;

Considérant que l'article 271 précité du code général des impôts, qui n'autorise l'imputation que de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les éléments du prix d'une opération imposable sur la taxe applicable à cette opération , ne permet pas d'imputer une taxe d'amont décomptée fictivement sur le prix d'une opération, quand bien même cette imputation est faite par un assujetti au titre de ses opérations imposables et la mention de cette taxe fictive est portée sur la facture dont il est le destinataire ; que ne le permet pas davantage l'article 242 de l'annexe II qui ne trouve à s'appliquer que pour autant que le droit à déduction réponde aux conditions de l'article 271 ; qu'en outre, la circonstance, invoquée par la société requérante, que l'opérateur d'amont aurait dû soumettre la vente à la taxe sur la valeur ajoutée ne permet pas de fonder son propre droit à déduction de cette taxe ; que, par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 271 du code général des impôts et de l'article 242 de l'annexe II audit code doivent être écartés ;

Sur le terrain de la doctrine fiscale :

Considérant qu'en vertu du régime issu de la doctrine administrative dit de la taxe sur la valeur ajoutée non perçue récupérable , les contribuables, qui exercent leur activité dans les départements de la Guadeloupe, de la Martinique et de La Réunion peuvent demander le remboursement de la taxe décomptée fictivement sur la valeur d'acquisition des biens et équipements destinés à être affectés durablement aux besoins de leur activité économique qui figurent sur la liste fixée par arrêtés conjoints du ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et du ministre chargé des départements d'outre-mer, codifiés aux articles 50 undecies et 50 duodecies de l'annexe IV au code général des impôts, et qui sont exonérés de taxe sur la valeur ajoutée en application notamment des dispositions du 5° du I de l'article 295 du code général des impôts ;

Considérant qu'il résulte de l'instruction que le véhicule automobile de type 4x4, dont l'achat a donné lieu à la demande de remboursement de taxe en litige, est équipé de quatre places assises ; qu'il ne figure pas sur la liste des biens mentionnés à l'article 50 undecies de l'annexe IV au code général des impôts, laquelle ne vise que les véhicules automobiles comportant au moins sept places assises ; que ce véhicule ne figure pas davantage au nombre de ceux mentionnés à l'article 50 duodecies de l'annexe IV au même code dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il serait conçu à titre principal pour le transport de marchandise ; que, par suite, la société requérante ne peut se prévaloir du mécanisme dit de la taxe sur la valeur ajoutée non perçue récupérable ;

Considérant en outre, que la société requérante ne peut pas davantage utilement se prévaloir du paragraphe 1 de la documentation administrative de base 3 D 154, mise à jour le 2 novembre 1996, qui concerne la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant non pas l'acquisition mais la location d'un bien ;

Considérant enfin, que le moyen invoqué par la société requérante tiré de ce que l'administration fiscale aurait accueilli la demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée présentée par une autre société se trouvant dans une situation identique à la sienne est, en tout état de cause, s'agissant de l'appréciation de la situation individuelle d'un autre contribuable, inopérant ;

Considérant qu'il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander le remboursement de la taxe en litige ; que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées ;

DECIDE :

Article 1er : L'ordonnance du président du tribunal administratif de Fort-de-France du 11 mai 2010 est annulée.

Article 2 : La demande présentée par la SNC LAURISTON INVEST 79 devant le tribunal administratif de Fort-de-France et le surplus des conclusions de sa requête devant la cour sont rejetés.

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N° 10BX01673


Publications :

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Composition du Tribunal :

Président : Mme RICHER
Rapporteur ?: M. Paul-André BRAUD
Rapporteur public ?: M. NORMAND
Avocat(s) : SCP BZL AVOCATS

Origine de la décision

Formation : 4ème chambre (formation à 3)
Date de la décision : 29/12/2011

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