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§ France, Conseil d'État, 1 / 4 ssr, 29 juillet 1998, 185636

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Type d'affaire : Administrative

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 185636
Numéro NOR : CETATEXT000008014648 ?
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;conseil.etat;arret;1998-07-29;185636 ?

Analyses :

04 AIDE SOCIALE.


Texte :

Vu la requête sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 18 février 1997 et 22 avril 1997 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour la FEDERATION NATIONALE DES ASSOCIATIONS TUTELAIRES, dont le siège est ..., représentée par son président en exercice ; la FEDERATION NATIONALE DES ASSOCIATIONS TUTELAIRES demande au Conseil d'Etat l'annulation pour excès de pouvoir de la circulaire du 17 décembre 1996 du ministre du travail et des affaires sociales, ayant pour objet le financement de la tutelle d'Etat et de la curatelle d'Etat pour l'année 1997 ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958, ensemble le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;
Vu le code civil, notamment ses articles 433 et 495 ;
Vu la loi n° 64-1230 du 14 décembre 1964, notamment son article 17 ;
Vu le décret n° 74-930 du 6 novembre 1974 modifié par les décrets n° 85-193 du 7 février 1985 et n° 88-762 du 17 juin 1988 ;
Vu l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ;
Après avoir entendu en audience publique :
- le rapport de Mme Prada Bordenave, Maître des Requêtes,
- les observations de Me Odent, avocat de la FEDERATION NATIONALE DES ASSOCIATIONS TUTELAIRES,
- les conclusions de M. Bonichot, Commissaire du gouvernement ;

Considérant que l'article 433 du code civil tel qu'il a été modifié successivement par l'article 1er de la loi n° 64-1230 du 14 décembre 1964 puis par l'article 12 de la loi n° 89-487 du 10 juillet 1989 énonce que : "Si la tutelle reste vacante, le juge des tutelles la défère à l'Etat s'il s'agit d'un majeur, et au service de l'aide sociale à l'enfance s'il s'agit d'un mineur" ; que, conformément aux dispositions de l'article 17 de la loi du 14 décembre 1964, il revient à un décret en Conseil d'Etat de fixer en tant que de besoin les conditions d'application de ces dispositions ;
Considérant que, sur ce fondement, le décret n° 74-930 du 6 novembre 1974 modifié, après avoir déterminé les catégories de personnes pouvant être désignées pour exercer la tutelle d'Etat, au nombre desquelles figurent, en vertu de l'article 7 dudit décret, tout notaire et plus généralement, au titre de l'article 8, toute personne physique ou morale figurant sur une liste établie par le procureur de la République, a défini les conditions de la prise en charge de cette tutelle ; qu'à cet égard, l'article 12 du décret du 6 novembre 1974 dispose, dans son premier alinéa, que : "Le montant du prélèvement opéré au titre de la tutelle d'Etat sur les ressources des majeurs protégés est fixé, compte tenu du service rendu et des ressources des intéressés, par arrêté conjoint du ministre chargé du budget, du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires sociales" ; que, dans son deuxième alinéa, l'article 12 du décret a ouvert au juge des tutelles la possibilité d'autoriser des prélèvements supplémentaires, si l'importance des biens à gérer le justifie ou lorsque les ressources du majeur protégé sont supérieures à un montant fixé par l'arrêté prévu à l'alinéa précédent ; que le troisième alinéa de l'article 12 du décret dispose que : "Lorsque les ressources des majeurs protégés sont inférieures à un montant fixé par ledit arrêté, les dépenses résultant de l'application du présent décret sont à la charge de l'Etat" ; qu'aux termes de l'article 12-3 ajouté au décret du 6 novembre 1974 par le décret du 7 février 1985 modifié par le décret du 17 juin 1988 : "Lorsqu'une des personnes physiques ou morales mentionnées aux articles 7 et 8 a été désignée pour exercer la tutelle d'Etat, le montant du prélèvement opéré sur les ressources du majeur protégé, en application de l'article 12, vient s'il y a lieu, en déduction de la rémunération allouée par l'Etat à cette personne" ; que l'article 14 du décret rend les dispositions qui précèdent applicables à la curatelle d'un majeur déférée à l'Etat ;

Considérant qu'aucune de ces dispositions, non plus qu'aucun autre texte, ne donne compétence au ministre chargé des affaires sociales pour déterminer, comme il l'a fait dans le paragraphe 1er de sa circulaire du 17 décembre 1996, le prix plafond applicable aux mesures de tutelle d'Etat et de curatelle d'Etat qui sont confiées à des personnes physiques ou morales agissant comme mandataires de l'Etat ; que, contrairement à ce que soutient le ministre, le fait que les crédits budgétaires ouverts pour son département comportent un chapitre relatif aux dépenses d'aide sociale obligatoires, parmi lesquelles figurent la tutelle et curatelle d'Etat, nel'habilite pas à fixer un prix plafond pour la rémunération de ces personnes ; qu'ainsi, la FEDERATION NATIONALE DES ASSOCIATIONS TUTELAIRES est fondée à soutenir que les dispositions dont s'agit sont entachées d'incompétence ;
Considérant que, selon l'article 1er de l'arrêté interministériel du 15 janvier 1990 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 12 du décret du 6 novembre 1974, le prélèvement sur les ressources du majeur protégé est fixé à 3 % pour la tranche de revenus annuels "égale ou inférieure" au montant annuel du minimum vieillesse en vigueur au 1er janvier de l'année de perception des revenus ; qu'en énonçant par la circulaire contestée que la contribution des personnes protégées à leurs frais de tutelle, qui vient en déduction des dépenses mises à la charge de l'Etat, est de "trois pour cent du minimum vieillesse en vigueur au 1er janvier de l'année de perception des revenus", le ministre du travail et des affaires sociales a substitué au prélèvement prévu par l'arrêté interministériel précité, qui varie en fonction du montant des revenus compris dans la tranche de ressources considérée, un prélèvement minimum unique ; qu'il a ainsi méconnu les dispositions réglementaires susmentionnées ; que la fédération requérante est, par suite, fondée à demander l'annulation des dispositions du deuxième alinéa du paragraphe 2 de la circulaire du 17 décembre 1996 ;
Article 1er : Le paragraphe 1er et le deuxième alinéa du paragraphe 2 de la circulaire du ministre du travail et des affaires sociales du 17 décembre 1996 relative au financement de la tutelle d'Etat et de la curatelle d'Etat sont annulés.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la FEDERATION NATIONALE DES ASSOCIATIONS TUTELAIRES et au ministre de l'emploi et de la solidarité.

Références :

Arrêté 1990-01-15 art. 1
Circulaire 1996-12-17 Travail décision attaquée annulation partielle
Code civil 433
Décret 74-930 1974-11-06 art. 7, art. 8, art. 12, art. 12-3
Décret 85-193 1985-02-07
Décret 88-762 1988-06-17 art. 14
Loi 64-1230 1964-12-14 art. 1, art. 17
Loi 89-487 1989-07-10 art. 12


Publications :

Proposition de citation: CE, 29 juillet 1998, n° 185636
Inédit au recueil Lebon
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Composition du Tribunal :

Rapporteur ?: Mme Prada Bordenave
Rapporteur public ?: M. Bonichot

Origine de la décision

Formation : 1 / 4 ssr
Date de la décision : 29/07/1998

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