La jurisprudence francophone des Cours suprêmes


recherche avancée

18/06/2013 | FRANCE | N°12/09063

France | France, Cour d'appel de Lyon, Sécurité sociale, 18 juin 2013, 12/09063


AFFAIRE SÉCURITÉ SOCIALE



RAPPORTEUR





R.G : 12/09063





OFFICE PUBLIC DE L'HABITAT DU DEPARTEMENT DU RHONE OPAC DU RHONE AT DE M; [W]



C/

CPAM DU RHÔNE







APPEL D'UNE DÉCISION DU :

Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale de LYON

du 21 Novembre 2012

RG : 20101271



















































COUR D'APPEL DE LYON



Sécurité sociale



ARRÊT DU 18 JUIN 2013













APPELANTE :



OFFICE PUBLIC DE L'HABITAT DU DEPARTEMENT DU RHONE OPAC DU RHONE AT DE M. [W]

[Adresse 1]

[Localité 1]



représentée par la SCP JOSEPH AGUERA & ASSOCIES (Me Olivier GELLER), avocats au barreau de LYON







INTIMEE ...

AFFAIRE SÉCURITÉ SOCIALE

RAPPORTEUR

R.G : 12/09063

OFFICE PUBLIC DE L'HABITAT DU DEPARTEMENT DU RHONE OPAC DU RHONE AT DE M; [W]

C/

CPAM DU RHÔNE

APPEL D'UNE DÉCISION DU :

Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale de LYON

du 21 Novembre 2012

RG : 20101271

COUR D'APPEL DE LYON

Sécurité sociale

ARRÊT DU 18 JUIN 2013

APPELANTE :

OFFICE PUBLIC DE L'HABITAT DU DEPARTEMENT DU RHONE OPAC DU RHONE AT DE M. [W]

[Adresse 1]

[Localité 1]

représentée par la SCP JOSEPH AGUERA & ASSOCIES (Me Olivier GELLER), avocats au barreau de LYON

INTIMEE :

CAISSE PRIMAIRE D'ASSURANCE MALADIE DU RHONE

[Adresse 3]

[Localité 2]

représentée par madame Marina [J], munie d'un pouvoir

PARTIES CONVOQUÉES LE : 11 janvier 2013

DÉBATS EN AUDIENCE PUBLIQUE DU : 07 Mai 2013

Présidée par Nicole BURKEL, Président de chambre, magistrat rapporteur, (sans opposition des parties dûment avisées) qui en a rendu compte à la Cour dans son délibéré, assistée pendant les débats de Malika CHINOUNE, Greffier

COMPOSITION DE LA COUR LORS DU DÉLIBÉRÉ :

Nicole BURKEL, Président de chambre

Marie-Claude REVOL, Conseiller

Michèle JAILLET, Conseiller

ARRÊT : CONTRADICTOIRE

Prononcé publiquement le 18 Juin 2013 par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la Cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues à l'article 450 alinéa 2 du code de procédure civile ;

Signé par Nicole BURKEL, Président de chambre, et par Malika CHINOUNE, Greffier auquel la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire.

********************

FAITS ET PROCEDURE

Attendu que l'OPAC du Rhône, agissant par monsieur [T] responsable, a déclaré le 5 janvier 2010 l'accident survenu le même jour à 7 h 15 à monsieur [W], agent de résidence, accident dont il a eu connaissance à 8 heures, sans réserves;

Qu'il a indiqué comme lieu de l'accident « [Adresse 2] », comme circonstances de l'accident « en sortant du véhicule j'ai glissé sur le dos et sur mon poignet droit », au titre du siège des lésions « poignet droit, dos » et comme nature des lésions « douleurs lombaires et traumatisme au poignet »;

Qu'il n'est mentionné aucun témoin ;

Que sur le certificat médical initial daté du 5 janvier 2010, il est mentionné « Chute en arrière (flèche) trauma poignet droit et 'dème région lombaire »;

Attendu que l'OPAC du Rhône, agissant par le responsable du service gestion administrative du personnel, par lettre recommandée datée du 7 janvier 2010, réceptionnée le 8 janvier 2010 par la CPAM, a formulé les réserves suivantes concernant cet accident :

« Ces réserves portent sur les circonstances de temps et de lieu de l'accident et donc sur sa matérialité.

En effet, monsieur [W] aurait glissé à 7 h 15 en sortant de son véhicule, étant précisé que le 5 janvier 2010 la prise de service débutait à sept heures.

Or la matérialité de l'accident doit être prouvée et ne peut être démontrée par les seules affirmations de la victime.

En l'absence de témoin, il n'est pas possible de déterminer le moment précis de la chute c'est-à-dire avant ou après la prise de fonction et donc hors lien contractuel »;

Attendu que la CPAM a pris en charge cet accident le 8 janvier 2010 au titre de la législation professionnelle;

Attendu que l'OPAC du Rhône a contesté cette décision devant la commission de recours amiable sollicitant l'inopposabilité de la décision de prise en charge;

Que la commission de recours amiable, lors de sa séance du 30 novembre 2011, a rejeté le recours;

Attendu que le tribunal des affaires de sécurité sociale de Lyon, par jugement contradictoire du 21 novembre 2012, a :

- déclaré recevable le recours formé par l'OPAC du Rhône

- sur le fond, débouté l'OPAC du Rhône de l'ensemble de ses demandes

- confirmé la décision de la commission de recours amiable du 16 décembre 2011 ;

Attendu que la cour est régulièrement saisie d'un appel formé par lettre recommandée par l'OPAC du Rhône postée le 18 décembre 2012 et réceptionnée au greffe le 19 décembre 2012 contre le jugement susvisé;

Attendu que l'OPAC du Rhône demande à la cour par conclusions écrites, déposées le 7 mai 2013, visées par le greffier le 7 mai 2013 et soutenues oralement, de:

- requalifier l'accident du travail en accident de trajet

Subsidiairement

- déclarer inopposable la décision de prise en charge en date du 15 janvier 2010

- déclarer inopposable la décision expresse de rejet de la commission de recours amiable en date du 16 janvier 2011 (sic);

Attendu que la Caisse Primaire d'Assurance Maladie du Rhône demande à la cour par conclusions écrites, déposées le 7 mai 2013, visées par le greffier le 7 mai 2013 et soutenues oralement, de:

- confirmer la décision entreprise

- condamner l'OPAC du Rhône à lui payer 1000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;

Attendu que pour un plus ample exposé des prétentions et moyens des parties, la cour renvoie en application de l'article 455 du code de procédure civile aux conclusions déposées et soutenues oralement;

MOTIFS DE LA DECISION:

Attendu que l'OPAC soulève, à titre principal, la requalification de l'accident survenu à monsieur [W] en accident de trajet, et en cas de rejet de sa demande, l'absence de présomption d'imputabilité applicable, en l'absence de témoin, en l'état d'un accident survenu 15 minutes après la prise de poste et en l'état d'une poursuite d'activité jusqu'à 8 heures, heures à laquelle il a été informé ;

Qu'à titre subsidiaire, il souligne la violation du principe du contradictoire, la CPAM ayant réceptionné ses réserves, lesquelles étaient motivées, avant la décision de prise en charge et n'ayant pas procédé à une enquête ;

Qu'il considère que la CPAM procède à une confusion entre la recevabilité des réserves quant à leur caractère motivé d'un point de vue formel devant déclencher une mesure d'enquête et le caractère bien fondé des réserves quant au fond et le rejet éventuel de la présomption d'imputabilité ;

Qu'il reproche à la CPAM d'exiger qu'une preuve contraire soit apportée par lui, dès le début de la procédure d'instruction lorsque les réserves sont formulées ;

Attendu que la CPAM est au rejet des prétentions de l'appelant, considérant qu'il s'agit d'un accident de travail, en l'état d'un faisceau de présomptions graves, précises et concordantes permettant de retenir valablement le caractère professionnel de l'accident ;

Qu'elle considère les réserves émises comme non motivées et non recevables et en déduit être dispensée de la procédure d'instruction ;

Sur la qualification de l'accident en accident de trajet

Attendu que les horaires de travail de monsieur [W], le 5 janvier 2010, selon les propres informations déclarées par l'employeur, étaient de 7 heures à 11 heures et de 14 h à 16h20 ;

Que l'accident est survenu le 5 janvier 2010 à 7h15, soit pendant l'horaire de travail ;

Attendu que le lieu de l'accident est celui de la résidence dans lequel le salarié est intervenu ;

Attendu que monsieur [W], aucun élément n'établissant un quelconque retard dans la prise de service, au demeurant même pas invoqué par l'employeur, au moment de survenue de l'accident, agissait dans le cadre de ses fonctions d'agent de résidence ;

Que la requalification en accident du trajet ne peut prospérer ;

Sur la présomption d'imputabilité

Attendu qu'en application de l'article L411-1 du code de la sécurité sociale est considéré comme accident du travail, quelle qu'en soit la cause, l'accident survenu par le fait ou à l'occasion du travail à toute personne salariée travaillant à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d'entreprise ;

Qu'il appartient au salarié qui se prétend victime d'un accident du travail d'en démontrer la matérialité ;

Que ses seules allégations ne suffisent pas et doivent être corroborées par des éléments objectifs ;

Que la preuve de l'accident du travail peut résulter de présomptions de fait sérieuses, graves et concordantes ;

Attendu que d'une part, monsieur [W], salarié de l'OPAC, a déclaré l'accident le 15 janvier 2010 à son employeur à 8 heures, jour où il devait travailler de 7h à 11h et de 14h à 16h20, accident survenu sur son lieu de travail;

Qu'il a déclaré l'accident, qui s'est produit au temps et lieu de son travail, à son employeur à un temps contemporain de sa survenue, 45 minutes après sa survenue ;

Que les constatations médicales, réalisées le jour même, sont en totale concordance avec les faits décrits ;

Attendu qu'en l'état d'une constatation médicale établie dans un temps voisin de l'accident, d'une information donnée à l'employeur dans le même temps par le salarie, d'une description précise du fait accidentel par l'employeur en concordance totale avec les lésions décrites par le salarié et médicalement constatées, les premiers juges ont justement pu retenir l'existence de présomptions graves, précises et concordantes et en déduire valablement le caractère professionnel de l'accident litigieux ;

Attendu que d'autre part, à l'exclusion de ses suspicions tenant principalement à la survenue d'un accident 15 minutes après la prise de service, à une information de sa part qu'à 8 heures, à une absence de témoin de l'accident, à une possible lésion survenue en amont de la prise de poste, non étayées par le moindre élément objectif susceptible de pouvoir les corroborer, l'employeur ne renverse nullement la présomption d'imputabilité attachée à toute lésion survenue au temps et lieu de travail et ne fournit aucun élément objectivant de quelque façon que ce soit l'absence de tout lien de causalité avec le travail ;

Attendu que le jugement entrepris doit être confirmé de ce chef ;

Sur le respect du principe du contradictoire

Attendu que seules les réserves adressées par l'employeur à la CPAM doivent être prises en compte pour apprécier si celle-ci, en application de l'article R411-11 du code de la sécurité sociale, se devait d'adresser un questionnaire portant sur les circonstances ou la cause de l'accident ou de procéder à une enquête auprès des intéressés ;

Que les réserves formulées par l'employeur sont les suivantes :

« En effet, monsieur [W] aurait glissé à 7 h 15 en sortant de son véhicule, étant précisé que le 5 janvier 2010 la prise de service débutait à sept heures.

Or la matérialité de l'accident doit être prouvée et ne peut être démontrée par les seules affirmations de la victime.

En l'absence de témoin, il n'est pas possible de déterminer le moment précis de la chute c'est-à-dire avant ou après la prise de fonction et donc hors lien contractuel »;

Attendu que d'une part, les réserves émises par l'employeur ont été réceptionnées le jour même où la décision de prise en charge par la CPAM est intervenue ;

Qu'aucun élément n'établit que les réserves émises par l'employeur l'aient été avant toute prise de décision de prise en charge ou non par la CPAM ;

Qu'elles ne sont pas recevables ;

Attendu que d'autre part, même à admettre que les réserves émises par l'employeur, l'aient été avant toute décision de prise en charge par la CPAM, les réserves de l'employeur, au sens de l'article R441-11 du code de la sécurité sociale, rendant obligatoire la mise en mouvement d'une mesure d'instruction, doivent être motivées et porter sur des faits précis concernant les circonstances de temps et de lieu ou sur l'existence d'une cause totalement étrangère au travail de nature à mettre en doute le lien entre l'accident et le travail ;

Que les réserves émises par l'employeur sont générales, concernent l'absence de témoin, une information tardive, et une éventuelle possibilité que l'accident soit survenu en amont ou aval de la prise de poste ;

Qu'elles ne peuvent être considérées comme des réserves motivées au sens de l'article R441-11 du code de la sécurité sociale, s'agissant de réserves éventuelles portant sur une possible fraude susceptible d'avoir été commise par le salarié, sans aucune évocation notamment d'un impossible rattachement de la lésion avec l'activité habituelle exercée par le salarié, ne pouvant entraîner pour la CPAM une obligation de recourir à des actes d'instruction avant toute prise de décision ;

Attendu que le jugement entrepris doit être confirmé de ce chef ;

Attendu que la décision entreprise qui a déclaré opposable à l'OPAC du Rhône la décision de prise en charge de l'accident du travail dont monsieur [W] été victime le 5 janvier 2010 n'encourt aucune critique et doit être confirmée ;

Attendu qu'aucune considération d'équité ne justifie l' application de l'article 700 du code de procédure civile;

Attendu que l'appelante succombant en son recours doit être dispensée du paiement du droit prévu à l'article R144-10 du code de la sécurité sociale ;

PAR CES MOTIFS

La Cour,

Statuant publiquement par arrêt contradictoire

Reçoit l'appel

Confirme la décision entreprise en toutes ses dispositions

Y ajoutant

Dit n'y avoir lieu à application de l'article 700 du code de procédure civile en cause d'appel

Dispense l'OPAC du Rhône du paiement du droit prévu à l'article R144-10 du code de la sécurité sociale.

LE GREFFIER LE PRESIDENT

Malika CHINOUNE Nicole BURKEL


Synthèse
Tribunal : Cour d'appel de Lyon
Formation : Sécurité sociale
Numéro d'arrêt : 12/09063
Date de la décision : 18/06/2013

Références :

Cour d'appel de Lyon 51, arrêt n°12/09063 : Confirme la décision déférée dans toutes ses dispositions, à l'égard de toutes les parties au recours


Origine de la décision
Date de l'import : 27/03/2024
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;cour.appel;arret;2013-06-18;12.09063 ?
Association des cours judiciaires suprmes francophones
Organisation internationale de la francophonie
Juricaf est un projet de l'AHJUCAF, l'association des Cours suprêmes judiciaires francophones. Il est soutenu par l'Organisation Internationale de la Francophonie. Juricaf est un projet de l'AHJUCAF, l'association des Cours suprêmes judiciaires francophones. Il est soutenu par l'Organisation Internationale de la Francophonie.
Logo iall 2012 website award